Pneus et roues

C’est terminé pour Gravaa : quand bonne idée, belle technologie et victoires ne suffisent pas

Innovante et victorieuse au plus haut niveau, la technologie Gravaa promettait de révolutionner le réglage de pression des pneus en roulant. Mais malgré des succès sportifs retentissants, la jeune entreprise néerlandaise n’a pas résisté aux réalités économiques du marché du vélo.

En bref :

  • Gravaa a prouvé l’efficacité de son réglage dynamique de pression avec des victoires majeures en gravel et sur pavés.
  • Jugé trop cher et arrivé trop tard sur le tubeless, le système n’a pas trouvé de débouchés nécessaires pour survivre.
  • Une faillite qui interroge la capacité du marché du vélo à absorber des innovations pourtant prometteuses.

Il y a des idées qui ont le potentiel d’apporter de véritables avancées pour les cyclistes. Gravaa en faisait partie. Pourtant, en ce début 2026, la jeune entreprise néerlandaise a officiellement déposé le bilan, malgré des résultats sportifs qui auraient pu écrire l’histoire.

Des victoires sportives, une technologie brillante

Gravaa est connu pour avoir imaginé et développé le système KAPS (Kinetic Air Pressure System). Conçu pour permettre aux cyclistes d’ajuster la pression des pneus en roulant, via des commandes au guidon, il a trouvé sa place dans des courses emblématiques. Marianne Vos l’a utilisé pour décrocher le maillot arc-en-ciel au Gravel Worlds 2024, et Pauline Ferrand-Prévot a remporté Paris-Roubaix en 2025 avec ces moyeux innovants.

À elles deux, ces victoires ont montré l’avantage compétitif d’un réglage dynamique de la pression. En résumé dans ces cas précis : une traction accrue sur pavés, un roulement optimisé sur tarmac. Pourtant, malgré l’évidence de la performance, l’innovation n’a pas trouvé son marché.

Quand l’économie freine l’innovation

Le cœur du problème ne réside pas dans la technologie, mais dans sa commercialisation. Le système restait cher (jusqu’à 4400 € pour une paire de roues complètes avec hubs Gravaa) et, jusqu’à récemment, incompatible avec les pneus tubeless alors que ces montages sont devenus essentiels pour de nombreux cyclistes.

Pour la direction de Gravaa, la situation était simple : il fallait produire en volume pour baisser les prix, mais pour produire en volume, il fallait des engagements fermes de clients et des capitaux importants. Un cycle vertueux que l’entreprise n’a jamais réussi à enclencher.

« Sans financement et sans commandes importantes, il n’y avait malheureusement aucune autre option viable », explique le directeur commercial, John Zopfi.

Bilan amer malgré une vision audacieuse

Le système Gravaa n’était pas qu’un gadget, c’était un dispositif technologique poussé. Il exploitait une mini-pompe logée dans les moyeux, actionnée par la rotation des roues, pour ajuster la pression en temps réel. Une idée qui, dans l’absolu, anticipe des pratiques que beaucoup jugent aujourd’hui comme nécessaires : adaptabilité terrain, confort, performance et même récupération après crevaison.

Mais dans un marché du vélo encore marqué par des marges serrées et une demande prudente après le choc des années post-pandémie, même une technologie récompensée par des victoires peut se heurter à la réalité économique. Surtout que cette technologie axée performance s’adresse essentiellement aux compétiteurs et non au gros du peloton de cyclistes amateurs.

Quel avenir ?

A ce jour, des spécialistes ont été nommés pour évaluer si des pans de la technologie, de la marque ou de l’entreprise peuvent survivre sous une nouvelle direction. Rien n’est décidé, mais l’histoire de Gravaa montre à quel point il est difficile d’introduire une innovation viable dans le secteur, même si elle profite de coups de projecteurs grâce à des succès.

En attendant, le monde du vélo restera attentif : le réglage dynamique de pression sur vélo, idée jadis exotique, pourrait bien réapparaître sous de nouvelles formes plus abordables et mieux intégrées, peut être dès la conception des vélos.

Sources : Gravaa ; BikeRumor!

  • Publié le 29 janvier 2026

En banlieue parisienne, ce quadra père de 2 enfants pratique le vélo au quotidien de manière (assez) sportive, sur route et en dehors. A des envies de longues randonnées à la découverte de nouveaux paysages.

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