Entretien, sécurité des enfants et infrastructures : les trois angles morts du vélo en Europe
Entretien des vélos, sécurité des enfants et infrastructures cyclables : dans son rapport State of the Nation 2026, Shimano dresse un état des lieux sans concession des freins persistants à l’essor du vélo en Europe, malgré une envie toujours bien prégnante de pédaler.

En bref :
- En Europe, des millions de cyclistes roulent moins faute d’un accès simple, abordable et fiable à l’entretien de leur vélo.
- La sécurité des enfants à vélo inquiète, y compris dans des pays historiquement modèles, menaçant la relève cycliste.
- Les infrastructures progressent, mais sans vision globale, entretien et sécurité restent des freins majeurs au vélo du quotidien.
Enjeu de mobilité populaire, de transition écologique et de santé publique, le vélo doit être encouragé pour les bénéfices qu’il apporte à nos sociétés. Mais à ce jour encore, de nombreux freins retiennent son plein essor.
Shimano, l’un des leaders mondiaux du secteur, fabricant incontournable de composants vélo, s’est principalement intéressé à trois d’entre eux dans le cadre de son rapport State of the Nation 2026 : l’accès à l’entretien de son vélo, la sécurité des enfants à vélo et le rythme de développement des infrastructures cyclables.
Un focus mis sur ces trois thématiques qui ne sort pas de nulle part. En effet, ce sont ces thèmes qui étaient largement ressortis comme étant les plus préoccupants par les personnes interrogées dans le cadre du précédent rapport.
Point méthodologique, le rapport State of the Nation 2026 a été construit sur la base d’une enquête représentative menée auprès de 25 000 personnes à travers 25 pays européens. Parmi eux, des cyclistes, des parents d’usagers du vélo et des habitants qui ne se déplacent plus ou pas encore à bicyclette, que ce soit par loisir ou par nécessité.
Faciliter l’entretien vélo pour retenir les cyclistes
Du côté de la maintenance des vélos, Shimano – dont la mission avouée est de mettre toujours plus de personnes sur la selle d’un vélo – s’émeut de constater que 121 millions de personnes à travers l’Europe pédalent moins qu’ils ne le voudraient à cause des difficultés qu’ils éprouvent à réparer ou faire entretenir leur vélo.
Ce sont même 212 millions de personnes à l’échelle du Vieux Continent qui connaissent des barrières à l’entretien de leur vélo, qu’il s’agisse de coûts trop élevés, de délais trop longs, du manque de vélocistes à l’échelle locale ou d’heures d’ouvertures incompatibles avec leurs agendas.


« Plus d’un répondant sur cinq a déclaré avoir davantage recours à d’autres moyens de transport, tandis que 16,4 % ont complètement arrêté de faire du vélo. Lorsque l’entretien d’un vélo semble compliqué, coûteux ou peu pratique, la pratique du vélo en pâtit. Ces résultats mettent en évidence un risque structurel pour le vélo : sans écosystèmes d’entretien accessibles et fiables, même des infrastructures solides ne peuvent pas garantir une fréquentation durable », conclut Shimano.
Les pays dans lesquels l’accès à des offres de maintenance de son vélo est le plus aisé sont les Pays-Bas, la Suisse, le Royaume-Uni ou encore la Belgique ou la Finlande. A l’inverse, en Pologne, Bulgarie, Roumanie ou Turquie, une majorité de cyclistes dit rencontrer des barrières à l’entretien de son vélo. Avec 46,93 % de réponses positives, la France est en milieu de peloton avec l’Allemagne ou l’Italie, et doit donc encore s’améliorer dans ce domaine.
Sécurité des enfants, un enjeu à long terme
La sécurité des enfants à vélo inquiète également de plus en plus en Europe. Selon le rapport, moins de 40 % des citoyens estiment que les conditions se sont améliorées pour la circulation des plus jeunes ces derniers mois.
Si certains pays enregistrent des progrès, d’autres connaissent un net recul, y compris parmi les nations historiquement exemplaires. Les Pays-Bas, longtemps référence mondiale, affichent désormais une perception négative de la sécurité des jeunes cyclistes. En cause : l’évolution du trafic et la cohabitation avec des véhicules plus nombreux et plus lourds sur les pistes.
C’est vu comme un signal d’alerte majeur, car le sentiment d’insécurité pourrait freiner durablement la pratique du vélo chez les futures générations. Une réponse fait consensus : développer des infrastructures réellement adaptées aux enfants, avec des itinéraires protégés et des aménagements séparés du trafic motorisé.

C’est un point essentiel quand on sait que les enfants qui se déplacent aujourd’hui à vélo sont les cyclistes aguerris de demain, et que dans un monde dans lequel il faudra de moins en moins s’appuyer sur les transports carbonés, le vélo doit s’imposer pour ces générations comme une alternative pratique et économique.
On constate que c’est en Europe centrale que la perception s’est le plus dégradée concernant le niveau de sécurité des jeunes cyclistes, alors que ce sentiment a tendance à s’améliorer en Europe de l’Ouest et de l’Est. Pays-Bas, Belgique, Allemagne sont tous dans le rouge, alors que France (+11,5 %), Espagne (+21 %) et Royaume-Uni (+7 %) sont dans le vert. Mais c’est en Pologne, où les politiques cyclables ont explosé, que les résultats sont les plus probants avec une progression de 41 % des répondants estimant que la sécurité des jeunes cyclistes s’est améliorée au cours des 12 derniers mois.
Une dynamique à renforcer sur les infrastructures
Les perceptions des infrastructures cyclables restent très contrastées en Europe. Alors que la Pologne, la France ou encore la Finlande enregistrent des avancées jugées significatives, d’autres pays peinent à suivre le rythme.
Plus surprenant, les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark, souvent considérés comme des modèles, se situent en bas du classement. Un paradoxe qui s’explique moins par un recul réel que par des attentes très élevées.

Dans ces marchés arrivés à maturité, chaque amélioration est scrutée et les progrès doivent être permanents. Un enjeu stratégique pour les pouvoirs publics et l’industrie : sans nouvel élan, ces pays risquent de perdre leur rôle de locomotives de l’innovation et de l’influence culturelle du vélo.
Pour Ties van Dijk, responsable de ces travaux chez Shimano Europe : « Le rapport State of the Nation est un signal d’alarme pour tous ceux qui se soucient de l’avenir du cyclisme en Europe. Des millions de personnes souhaitent faire du vélo, mais sont découragées par des obstacles qui ne devraient pas exister ».
En résumé, les infrastructures seules ne suffisent pas. Pour assurer l’avenir du cyclisme, l’Europe doit faciliter l’entretien des vélos, rendre leur utilisation sûre pour les enfants et investir continuellement dans des systèmes qui favorisent le cyclisme au quotidien.
- Publié le 5 février 2026