Test – Shimano Q’Auto : la révolution du vélo automatique, mais à quel prix ?!
Shimano veut simplifier l’usage du vélo grâce à sa nouvelle technologie Q’Auto, un système de passage de vitesses automatique qui se passe de batterie traditionnelle. Nous avons mis à l’épreuve ce dispositif, alimenté par une dynamo, sur un Cube Kathmandu SLT. Si l’expérience de pilotage s’avère d’une fluidité impressionnante, le coût réel du système et certaines limites techniques interrogent sur la promesse de démocratisation faite par le géant japonais.

Pour
- Changement automatique efficace.
- Système entièrement autonome.
- Réagit assez vite à l’approche d’une montée.
Contre
- Pas adapté aux changements de cadence (debout, assis).
- Pas d’alimentation de l’éclairage (nécessite un autre moyeu dynamo).
- Capacité des condensateurs limitée pour la connexion Bluetooth et le réglage des vitesses.
- Pile dans la manette de dérailleur.
- Transmission par chaine qui nécessite un entretien régulier (nettoyage et lubrification).
La technologie Q’Auto de Shimano est une véritable prouesse d’ingénierie. La fluidité des changements de rapports et la gestion intelligente de l’énergie par dynamo sont impressionnantes et offrent une expérience de pilotage très naturelle. Cependant, cette avancée technique se heurte à deux obstacles majeurs : un positionnement tarifaire qui s’éloigne des promesses de démocratisation et la persistance des contraintes liées à la transmission par chaîne (nettoyage, lubrification, entretien du dérailleur).
Pour l’usager urbain en quête de simplicité absolue, le système actuel reste une solution « hybride » : automatique, mais exigeante en entretien. La véritable révolution ne sera sans doute pas là, mais dans l’association de ce cerveau intelligent à un moyeu à vitesses intégrées et une transmission par courroie. C’est à ce prix que Shimano pourra offrir le Graal du cyclisme quotidien : un vélo totalement autonome, sans entretien et automatique.
Présentation
Avec la technologie Q’Auto, Shimano propose de simplifier l’usage du vélo en passant automatiquement les vitesses. Pour cela, le système Q’Auto dispose d’un dérailleur électronique 11 vitesses et d’un moyeu intégrant une dynamo et un condensateur lithium pour stocker l’énergie, plusieurs capteurs et un processeur pour l’apprentissage. Le système est complété par une manette de dérailleur au guidon pour changer manuellement les vitesses, notamment lors de la phase d’apprentissage durant les six premiers kilomètres.
Shimano veut démocratiser l’adoption du vélo à dérailleur notamment chez les débutants qui ont souvent du mal à passer correctement les vitesses afin d’optimiser leur rendement en toute fluidité. Avec le système Q’Auto, il n’y a rien à faire. On pédale et le système change automatiquement de rapport en fonction de la vitesse, de la cadence de pédalage et de la pente.
Dévoilée officiellement en septembre 2024, la technologie Q’Auto de Shimano aura mis quasiment deux ans pour être exploitée et commercialisée par les fabricants de vélos. A l’heure d’écrire ces lignes, seuls trois fabricants allemands proposent un modèle équipé de la technologie Q’Auto : Rose avec le Sneak 3 EQ, Raymon avec le Zayn Auto et Cube avec le Kathmandu SLT.

Nous avons pu tester le système Q’Auto sur un vélo Cube Kathmandu SLT, un modèle vendu 2100 €. Le tarif est un critère important puisqu’il n’est pas en accord avec les promesses de Shimano. Le fabricant japonais avait présenté Q’Auto comme une alternative moins onéreuse aux vélos électriques avec des tarifs annoncés aux alentours de 1300 €, ce qui est finalement loin de la réalité.
Fonctionnement
Le fonctionnement est assez simple. Le moyeu Shimano FH-U6060 intègre une dynamo ainsi que deux condensateurs au Lithium qui permettent de stocker l’énergie. Même dans le cas où le vélo n’a plus du tout de batterie, il suffit de quelques tours de roue pour alimenter le dérailleur Shimano Cues RD-U8050 et commencer à changer les vitesses.

La capacité des condensateurs reste limitée dans certaines opérations spécifiques comme la connexion Bluetooth ou le réglage des vitesses où il faut faire tourner la roue arrière assez longtemps pour arriver à maintenir une connexion stable avec le système. C’est l’un des points faibles du système Q’Auto qui ne devrait pas ravir les mécaniciens d’ateliers.
Le moyeu Q-Auto Shimano Cues FH-U6060 pèse 750 grammes, c’est environ 200 grammes de plus qu’un moyeu standard Shimano Deore FH-TC500

Shimano ne communique pas sur la puissance de la dynamo ni son rendement. Les meilleurs moyeux dynamo du marché comme le DT Swiss 350 SP PL-7 affichent un rendement d’environ 70 % à 15 km/h pour fournir 3 W de courant, soit entre 4 à 5 watts de consommation réelle supplémentaire produite par le cycliste. Cette consommation reste négligeable quand on roule, mais elle est bien réelle.
Notre système Q’Auto fonctionne avec un dérailleur électronique Shimano Cues Di2 RD-U8050 11 vitesses qui n’utilise pas de batterie donc puisqu’il est alimenté en continue par le moyeu. Le dérailleur est connecté par un petit fil. Il ne faut pas oublier de déconnecter le dérailleur avant de démonter la roue pour la réparation d’une crevaison par exemple.


C’est une fonctionnement très classique pour un moyeu dynamo puisque le moyeu dynamo Acid présent à l’avant (un moyeu DT Swiss 350 SP PL-7 rebadgé) est également connecté avec un câble au système d’éclairage et il ne faut pas oublier de le déconnecter avant de retirer la roue avant.


Ce défaut nous est apparu assez vite : le système Q’Auto n’alimente que le dérailleur et le système d’apprentissage. Il ne peut pas alimenter l’éclairage du vélo. Cube a donc recours à un second moyeu dynamo à l’avant pour faire fonctionner le feu avant Busch & Müller IQ-XS-Friendly N Plus avec une puissance de 80 lux et un feu arrière Acid Rear Light PRO-D suffisamment lumineux. Il reste allumé quelques minutes après l’arrêt du vélo. Le feu fonctionne également quelques secondes à l’arrêt.


Le dérailleur Shimano Cues Di2 dispose d’un bouton permettant de changer de mode de pédalage sans avoir à utiliser l’application E-Tube de Shimano sur son smarpthone.

Le changement de mode s’effectue en double cliquant sur l’unique bouton. Un clic simple permet de voir le mode utilisé grâce à la diode présente sur le dessus du dérailleur :
- le voyant s’allume une fois : mode lent,
- le voyant s’allume deux fois : mode normal,
- trois fois : mode rapide.

Un appui long sur le bouton permet de connecter le dérailleur à l’application smartphone E-Tube. Comme dit précédemment, s’il n’y a pas assez d’énergie, il faut faire tourner la roue pour recharger les condensateurs.

L’application propose les mises à jours des différents composants du système, mais certaines mises à jour ne peuvent être effectuées que chez un revendeur. C’est le cas de la mise à jour du dérailleur.

Le réglage de l’Autoshift permet de choisir le mode de changement de vitesses automatique comme avec le bouton : cadence basse, moyenne ou élevée. L’application permet surtout de choisir un rapport pour démarrer.

L’application permet également de paramétrer le changement de plusieurs vitesses à la fois : 2 ou 3 vitesses, voire même sans limite.

Puisqu’il n’y a pas de câble de dérailleur, le réglage de la tension du câble s’effectue via l’application. Pour le reste, le dérailleur se règle comme un dérailleur mécanique : réglage de la butée haute, de la butée basse, de la hauteur de la chape.

Enfin, si vous rencontrez des problèmes de passage de vitesses notamment à l’approche des montées, il est possible de recalibrer l’angle du moyeu. Une opération également possible sans l’application en restant appuyer 5 à 8 secondes sur le bouton du dérailleur (lumière clignotante en vert et jaune cinq fois). Il faut que le vélo soit statistique, que la roue arrière ne tourne pas et se trouver sur une surface plane.

En pratique
Sur un vélo équipé du système Q’Auto, il n’y a rien de particulier à faire. Il se conduit tout simplement comme un vélo musculaire classique. On pédale et le dérailleur change tout seul les vitesses. Durant les six premiers kilomètres, il est important d’ajuster manuellement la vitesse à l’aide de la manette de dérailleur afin que le système comprenne si l’on préfère pédaler rapidement ou lentement.

A n’importe quel moment, il est possible de repasser sur le mode manuel en appuyant sur le bouton de la manette de dérailleur. En revanche, il n’y a pas de voyant indiquant dans quel mode fonctionne le vélo. Par défaut, il démarre toujours en mode automatique.

Le système fonctionne comme on l’attend. Il change automatiquement les vitesses en laissant une sensation de pédalage naturelle. Le changement ne s’effectue pas trop vite. Il permet de monter en cadence de pédalage avant de changer correctement le rapport. Le passage des vitesses est doux et se fait sans accrocs.

Nous avons été plutôt surpris de la réactivité du système à l’approche d’une montée. Le rétrogradage sur le pignon supérieure se fait assez rapidement tout en essayant de maintenir la cadence cible. En revanche, si la montée est très raide et qu’elle arrive vite, le passage des vitesses peut sembler assez lent et l’on perd un peu en vitesse pure. Globalement, l’expérience reste bluffante de fluidité et l’on oublie assez vite la commande de vitesses pour se concentrer sur le pilotage.

Il n’y a qu’une seule situation que le système ne peut pas gérer : le passage en danseuse (debout). En effet, le système Q’Auto ne peut pas détecter quand le cycliste se met debout pour appuyer fort sur les pédales. Or, la cadence de pédalage assise n’est pas du tout la même que celle debout où les jambes développent beaucoup plus de puissance.
C’est notamment le cas dans les montées abruptes où l’on est parfois debout pour ne pas avoir à pédaler trop vite. Dans ce cas, le système va continuer d’essayer de changer de vitesses pour s’adapter à la cadence cible, ce qui n’est pas adapté une fois debout sur les pédales. On en revient à changer les vitesses manuellement pour ce type de situation.













Selon Shimano, le système exploite 6500 combinaisons possibles pour gérer le changement de vitesses puisque le système se base sur la cadence de pédalage, la vitesse du vélo ou encore l’inclinaison pour choisir le bon rapport.
Le système fonctionne comme annoncé, mais on conserve une transmission par chaine avec un dérailleur. Certes le dérailleur Cues avec la technologie Linkglide pensé pour les vélos électriques avec moteur pédalier est particulièrement robuste et devrait permettre quelques milliers de kilomètres sans changer de cassette ou de chaine. En revanche, il faudra penser à nettoyer et lubrifier régulièrement la chaine pour maximiser la durée de vie.
On en revient finalement à la promesse de simplicité du système Q’Auto. Est-ce qu’un néopratiquant ne cherche pas aussi la simplification de l’entretien ? Et avec un usage quotidien dans un environnement urbain, la chaine et le dérailleur se salissent très vite et demandent beaucoup plus d’attention qu’un dérailleur utilisé sur un VTT, un gravel ou un vélo de route utilisé exclusivement pour des sorties sportives le week-end.
Est-ce que la solution ultime finalement ne serait pas d’associer ce moyeu Q’Auto, à un moyeu Alfine 11 Di2 avec le même système de changement de vitesse automatique, mais tout intégré dans le moyeu afin d’opter pour une transmission par courroie ? On peut même imaginer qu’il soit monté à l’avant et légèrement modifié pour également alimenter l’éclairage du vélo.
On disposerait ainsi d’un vélo musculaire tout automatique, avec une courroie sans entretien et auto-alimenté par le moyeu. La question mérite d’être posée d’autant que le prix de vente n’est pour l’instant pas vraiment un argument en faveur du système Q’Auto.
Conclusion
Pour
- Changement automatique efficace.
- Système entièrement autonome.
- Réagit assez vite à l'approche d'une montée.
Contre
- Pas adapté aux changements de cadence (debout, assis).
- Pas d'alimentation de l'éclairage (nécessite un autre moyeu dynamo).
- Capacité des condensateurs limitée pour la connexion Bluetooth et le réglage des vitesses.
- Pile dans la manette de dérailleur.
- Transmission par chaine qui nécessite un entretien régulier (nettoyage et lubrification).
Note
La technologie Q'Auto de Shimano est une véritable prouesse d'ingénierie. La fluidité des changements de rapports et la gestion intelligente de l'énergie par dynamo sont impressionnantes et offrent une expérience de pilotage très naturelle. Cependant, cette avancée technique se heurte à deux obstacles majeurs : un positionnement tarifaire qui s'éloigne des promesses de démocratisation et la persistance des contraintes liées à la transmission par chaîne (nettoyage, lubrification, entretien du dérailleur).
Pour l'usager urbain en quête de simplicité absolue, le système actuel reste une solution "hybride" : automatique, mais exigeante en entretien. La véritable révolution ne sera sans doute pas là, mais dans l'association de ce cerveau intelligent à un moyeu à vitesses intégrées et une transmission par courroie. C'est à ce prix que Shimano pourra offrir le Graal du cyclisme quotidien : un vélo totalement autonome, sans entretien et automatique.
Fonctionnement
En pratique
Caractéristiques
-
Prix2099 €
-
Matériau cadreAluminium
-
Fourche
RockShox Paragon Gold Air 65mm
-
Diamètre de roue28" (700)
-
Diamètre roue arrière28" (700)
-
Pneus
Schwalbe Marathon Mondial, Pro Evolution, 47-622
-
Moyeu
Shimano Cues Q'Auto Di2
-
Jantes
ACID EX25, 32H, Disc, Tubeless Ready
-
Type de freinsDisque hydrauliques
-
Freins
Shimano Cues BR-U8000/BR-U8010 (160/180 mm)
-
Vitesses11
-
Dérailleur arrière
Shimano Cues Q`Auto Di2 11 vitesses
-
Chaîne
KMC xGlide -
Pédales
ACID PP Trekking
-
Tige de selle
CUBE Performance Post, 27.2mm
-
Tige de selle suspendueNon
-
Selle
ACID Sequence Pro 170
-
Guidon
CUBE Comfort Trail Bar, 680mm
-
Potence
CUBE Performance Stem SLX, 31.8mm
-
Poignée
ACID Travel Comfort
-
Garde-boueOui
-
Antivol de cadreNon
-
Porte-bagageOui
-
Poids15.5 kg
-
Eclairage arrière
ACID Mudguard Rear Light PRO-D
-
Eclairage avant
CUBE IQ-XS-Friendly N Plus
-
TransmissionChaîne
