Test – Vittoria Terreno Pro : des pneus en coton qui ont bonifié mon vélo
Sur mon vélo utilisé aussi bien en ville que pour des sorties plus sportives, les Vittoria Terreno Pro T30 ont considérablement modifié le confort, le rendement et la polyvalence, validant un passage de 30 à 35 mm après lequel il me serait très difficile de revenir en arrière.
Pour
- Excellent confort, souplesse de la carcasse.
- Rendement préservé sur route.
- Bonne traction et comportement rassurant.
- Une vraie polyvalence.
- Protection anti-crevaison renforcée.
- Avantages écologiques.
Contre
- Poids assez élevé.
- Tarif.
- Peu adapté aux terrains trop gras.
Les Vittoria Terreno Pro T30 nous ont impressionné par leurs qualités réunies. Leur carcasse en coton apporte un toucher de route très souple, tandis que leur profil assure rendement, traction et contrôle sur des surfaces variées. La protection contre les crevaisons est solide et leur conception issue de matériaux renouvelables et recyclés est une excellente chose. Des pneus typés gravel polyvalents et performants qui font vite oublier le petit surpoids induit par leur conception.
Présentation
L’idée de cet essai est né lors d’une conversation avec un représentant de Vittoria lors du salon Cycling World à Dusseldörf. Il me vantait les qualités de la gamme de pneus gravel Terreno Pro, insistant sur les qualités de la carcasse majoritairement composée de fibres de coton. « C’est plus rapide, l’adhérence est meilleure, et nos tests montrent qu’il résiste 34 % mieux aux crevaisons que les concurrents ». Il me sent intrigué mais pas totalement convaincu, alors il se propose de m’en envoyer une paire. « Il faut que tu essayes sur ton vélo ! ».

Quelques semaines plus tard les pneus arrivent à la maison, mais pris dans le tourbillon du quotidien, j’ai attendu l’été pour les monter sur les roues de mon Canyon Roadlite 7 à la place de pneus Schwalbe G-One Speed en 30 mm. Cela faisait un petit moment que je souhaitais monter en section sur ce vélo dont les passages de roues restent adaptés au 35 mm (au-delà, ça devient compliqué). Après quelques longues sorties sur des terrains variés et de multiples petits trajets du quotidien, il est l’heure de faire un premier bilan de ces pneus.
Classés dans la catégorie « Gravel Race » par Vittoria, les Terreno Pro T30 (la déclinaison adaptée aux sentiers peu accidentés) sont – sur le papier – réservés aux pratiquants sportifs les plus exigeants. Ce n’est pas vraiment mon cas, ayant une approche loisirs parfaitement assumée, mais qui peut le plus peut le moins. D’autant que par leur profil, ces pneus semblent particulièrement adaptés à mes besoins sur ce vélo : un pneu roulant sur l’asphalte, rassurant sous la pluie, qui m’apporte confort et grip correct sur des chemins variés, sans aller sur quelque chose de trop cassant (dans ce cas là, je sors en VTT).

Ca tombe bien, il ne ressemble pas tout à fait à un pneu de gravel traditionnel. Son profil reste relativement roulant, avec une bande centrale dessinée en « écailles de poisson » et des crampons latéraux plus marqués. Plus aventureux qu’un « allroad », mais pas trop typé « offroad ». Un choix cohérent pour un pneu destiné aux terrains secs et aux graviers fins, mais qui doit aussi conserver une certaine efficacité sur le bitume.
Bien sûr, c’est sa construction qui le différencie de la concurrence. Vittoria utilise ici une carcasse multicouche en coton biologique, renforcée avec du latex naturel. Le coton apporte davantage de souplesse à la carcasse qu’une construction plus classique en nylon. Sur le papier, cela permet au pneu de mieux épouser les irrégularités du terrain et de limiter les vibrations transmises au cycliste.

Cette construction fait également partie d’une démarche environnementale plus large. Le Terreno Pro T30 est composé, selon Vittoria, à 92 % de matériaux recyclés et renouvelables. On retrouve du coton biologique, du nylon recyclé Seawastex issu notamment de filets de pêche usagés, mais aussi du caoutchouc naturel certifié Fair Rubber, de l’huile de soja et de la silice provenant de balle de riz. La marque annonce également une empreinte carbone réduite de 49 % par rapport à sa précédente construction Gravel Endurance.
Résultat, il suffit selon le fabricant de se déplacer 34 km à vélo plutôt qu’en voiture pour effacer l’empreinte carbone liée à la fabrication d’un de ces pneus. 68 km pour le jeu de deux pneus. Le discours sent le greenwashing mais si les calculs sont bons, cet effort pour limiter l’impact de la production des pneus est un véritable argument. Vittoria n’est en tout cas pas peu fier de ce pneu, présenté comme le plus durable jamais conçu par la marque.

La résistance annoncée aux crevaisons est un autre argument qui m’intéresse beaucoup, utilisant ce vélo habillé de lycra avec des chaussures automatiques régulièrement, mais naviguant un peu partout autour de chez moi avec également au quotidien. Crever lorsque l’on a un rendez-vous à assurer ou que l’on est sur le chemin de l’école pour récupérer la petite dernière, ce n’est jamais plaisant. Ici, une ceinture anti-crevaison en nylon recyclé prend place sous la bande de roulement, tandis que les flancs bénéficient eux aussi d’un renfort spécifique. Une protection supplémentaire est également présente au niveau du talon. Vittoria revendique une construction qui cherche à concilier souplesse et robustesse.
Le revers de la médaille, c’est le poids. En 700×35, le Terreno Pro T30 est annoncé à 540 grammes. C’est sensiblement plus qu’un pneu route très roulant en 30 mm. Les Schwalbe G-One Speed qu’ils ont remplacé tournaient à 320 grammes par pneu ! Oui, on parle bien d’alourdir les roues de 220 grammes chacune. Une hérésie pour les puristes du chrono. Toujours chez Schwalbe, le modèle qui se rapproche le plus de ces Terreno Pro est certainement le G-One RS, donné à 440 grammes en 35 mm. C’est encore 100 grammes de plus. Mais comparer uniquement les chiffres sur la balance n’est pas suffisant et, à mon niveau, le bilan est plus que positif.
Les Terreno Pro existent en plusieurs versions : T10 pour les chemins très roulants ; T30 pour davantage de polyvalence sur terre et graviers ; T50 et T60 pour des terrains plus difficiles et gras. Plusieurs tailles sont évidemment proposées, les T30 sont déclinés en 35C, 40C et 45C.
Un mot enfin sur le prix. Un « détail » qui fâche puisqu’au catalogue de Vittoria, ces pneus sont affichés à 92€ / pneu. Soit un jeu à 184 € ! Cela semble déraisonnable. Heureusement, ce n’est pas le prix auquel on les retrouve généralement dans le commerce. Comptez plutôt une cinquantaine d’euros par pneu sur les principaux sites de vente en ligne. Cela reste élevé, mais c’est déjà plus rationnel.
Montage et découverte
Le montage de ces pneus se fait sans trop de mal et ne demande pas plus d’attention qu’avec des pneus plus classiques. La carcasse souple en coton donne une sensation particulière lors de la manipulation mais le pneu se travaille assez facilement. Il faut simplement prendre son temps pour bien positionner les tringles et vérifier que l’ensemble est parfaitement en place.

Le Terreno Pro T30 est Tubeless Ready. Il peut donc être utilisé sans chambre à air avec un liquide préventif adapté. Un point important avec une carcasse en coton : Vittoria déconseille les produits contenant de l’ammoniac, susceptibles d’endommager certains matériaux de la structure. Ici, c’est montage en chambres à air, sur des jantes alu en 19 mm de largeur interne. On aurait préféré des jantes carbone de 22 mm, mais on fait comme on peut avec ce qu’on a.

Une fois que tout est monté, vérifié, remis en place… place au gonflage. Et d’emblée, il faut revoir ses habitudes. Avec une section plus importante, inutile de chercher à reproduire les pressions élevées d’un pneu de 30 mm. C’est justement en exploitant ce volume supplémentaire que le Terreno Pro révèle une grande partie de son intérêt. J’oublie donc le réflexe de gonfler à 4,3 bar derrière et 4 bar devant. Après quelques essais, j’arrête mon choix sur 2,9 bar derrière et 2,7 bar dans le pneu avant.

Le passage de 30 à 35 mm est immédiatement visible. Le vélo change légèrement de silhouette. Il paraît plus robuste et avec de tels pneus gravel, semble m’inviter à quitter plus volontairement l’asphalte lors de mes balades. Ca tombe bien, c’est totalement l’idée. Attention néanmoins, si vous aussi envisagez de changer de pneus pour monter en section, on ne saurait trop vous inviter à jeter un œil aux largeurs maximum supportées par votre cadre et votre fourche.
Sur le terrain
Le changement le plus évident est le confort. Et il est difficile de parler d’une simple amélioration. Ce n’est pas grand chose sur le papier mais le passage de 30 à 35 mm améliore réellement le comportement du vélo.

Sur les routes dégradées, les raccords de bitume et les pavés, les Terreno Pro T30 filtrent bien mieux les vibrations. Sur les sorties qui s’allongent, le vélo est vraiment moins fatigant. Tant et si bien que, naturellement, on change un peu ses habitudes et je retrouve cette sensation de pouvoir « laisser filer » sans être à l’affût de la moindre aspérité, régulièrement expérimentée sur des tests de vélos montés de pneus en 40 mm et plus.
La carcasse en coton participe clairement à cette sensation. Le pneu laisse vraiment une impression de souplesse pour accompagner les mouvements du terrain plutôt que les subir. On ne s’en rend pas forcément compte sur les petits trajets du quotidien, mais dès que les sorties s’allonge, ça devient réellement un élément décisif des bienfaits de ces pneus.

Pour autant, en ville, cette section de 35 mm apporte aussi beaucoup de sérénité. Les trous, les bordures, les pistes cyclables parfois mal entretenues ou les zones pavées deviennent moins contraignants. Le vélo gagne en polyvalence sans donner l’impression de s’être transformé en gros vélo de randonnée. Le Roadlite de Canyon est un vélo typé route à cintre plat que j’adore pour son dynamisme, et je ne voulais surtout pas perdre cette maniabilité qui le rend bien nerveux si on le souhaite.
Le poids supplémentaire était l’une de mes craintes avant le montage. À l’usage, il se fait finalement assez peu sentir. Certes, la roue est un peu plus lourde à relancer. Mais le gain de section apporte aussi plus de confort, davantage de traction et une meilleure capacité à maintenir de la vitesse sur les surfaces imparfaites. Sur les chemins, je trouve que l’équilibre est même largement en faveur du 35 mm. Et sur le compteur, les moyennes constatées ne montrent pas que je serais pénalisé par ces nouveaux pneus.

A la ville, j’apprécie le confort. Mais en balade sur les chemins, c’est là que le Terreno Pro T30 apporte le plus. Sur les chemins roulants et les graviers fins, le pneu conserve une excellente sensation de rendement. Sa bande centrale peu agressive ne donne jamais l’impression de freiner le vélo. Et dès que le terrain devient plus meuble, les crampons latéraux prennent le relais pour apporter un surplus de contrôle appréciable.
Ce profil n’est évidemment pas adapté à des terrains trop gras ou boueux. Mais j’y gagne déjà énormément par rapport à mes anciens pneus et bénéficie finalement d’un vélo au comportent rassurant dans la plupart des situations. Clairement, on ose davantage s’engager dans un virage sur un chemin, freiner plus tard ou conserver sa trajectoire sur une portion de gravier. Le profil progressif du pneu évite les réactions brutales lorsque l’on incline le vélo. La transition entre la bande centrale et les crampons latéraux est fluide sur le terrain. On ne ressent pas de zone dans laquelle le pneu serait « flou ».

Sur route humide, les Terreno m’ont également laissé une impression positive. Leur comportement inspire confiance, notamment sur les chaussées légèrement grasses et les portions humides où un pneu étroit et très lisse peut rapidement devenir moins efficace au freinage. La traction et le contrôle sont vraiment convaincants dans un usage quotidien. Le grip amélioré joue aussi sur la capacité de freinage.
Au final, sans dire qu’ils m’ont permis de redécouvrir mon vélo, les Vittoria Terreno Pro T30 lui ont clairement apporté un nouveau comportement plus confortable et une polyvalence que je souhaitais lui donner depuis un petit moment. Avec les Schwalbe G-One Speed en 30 mm, il était avant tout pensé pour rouler vite sur route, avec quelques écarts possibles sur les chemins les plus faciles. Avec ces Vittoria en 35 mm, le champ des possibles s’élargit nettement.

Le vélo reste parfaitement utilisable en ville et conserve un comportement dynamique sur route. Mais il devient aussi beaucoup plus à l’aise dès que l’asphalte disparaît. Le gain de confort est réel, la traction impressionnante et le comportement suffisamment rassurant pour oublier rapidement le léger surpoids. J’étais parti pour les monter afin de tester une technologie que je ne connaissais pas, et je vais finalement les laisser en place pour conserver la polyvalence qu’ils ont apporté à mon vélo. Je pensais devoir faire des compromis et j’ai finalement l’impression d’avoir gagné partout.
Conclusion
Pour
- Excellent confort, souplesse de la carcasse.
- Rendement préservé sur route.
- Bonne traction et comportement rassurant.
- Une vraie polyvalence.
- Protection anti-crevaison renforcée.
- Avantages écologiques.
Contre
- Poids assez élevé.
- Tarif.
- Peu adapté aux terrains trop gras.
Note
Les Vittoria Terreno Pro T30 nous ont impressionné par leurs qualités réunies. Leur carcasse en coton apporte un toucher de route très souple, tandis que leur profil assure rendement, traction et contrôle sur des surfaces variées. La protection contre les crevaisons est solide et leur conception issue de matériaux renouvelables et recyclés est une excellente chose. Des pneus typés gravel polyvalents et performants qui font vite oublier le petit surpoids induit par leur conception.
Qualité de fabrication
Sur le terrain
Caractéristiques
-
Prix92 €
-
PratiqueGravel
-
Tubeless ReadyOui
-
TringlesSouples
-
Flancs réfléchissantsNon
En banlieue parisienne, ce quadra père de 2 enfants pratique le vélo au quotidien de manière (assez) sportive, sur route et en dehors. A des envies de longues randonnées à la découverte de nouveaux paysages.


