Batteries de VAE : Bruxelles freine le droit à la réparation
Chères, stratégiques et difficiles à recycler, les batteries de vélos électriques sont au cœur d’un bras de fer européen. Entre sécurité, écologie et pressions industrielles, Bruxelles a reculé sur une mesure clé du droit à la réparation, au grand dam de certains acteurs.

En bref :
- La batterie est l’élément le plus coûteux d’un VAE et son remplacement pèse lourd sur le prix final.
- L’Europe a renoncé à imposer le remplacement unitaire des cellules défectueuses, invoquant des enjeux de sécurité.
- Entre industriels prudents et défenseurs du droit à la réparation, le compromis reste à inventer.
Peu de gens le savent mais, sur un vélo à assistance électrique, la batterie est souvent l’élément le plus onéreux. Une batterie neuve vaut entre 300 et 800 €, dépassant même parfois les 1000 € sur certains modèles haut de gamme de grande capacité. C’est un pan essentiel du marché qui conditionne les tarifs des produits finaux. Or, ces batteries n’ont pas une durée de vie infinie et ne sont pas infaillibles, quand bien même elles respectent les normes en vigueur les plus drastiques en termes de sécurité.
Réparer une cellule ou jeter la batterie ? Le dilemme européen
Le remplacement ou la réparation des batteries devient donc un enjeu réel, au même titre que leur recyclage. Et à ce niveau là, des discussions très importantes ont lieu à Bruxelles autour de nouvelles normes qui devraient émerger dans les mois et années à venir. Forcément, lorsque de telles tractations ont lieu, les principaux acteurs du marché font plus qu’écouter, ils participent activement à l’élaboration des normes et – pour certains – n’hésitent pas à faire pression via leurs lobbyistes.
C’est dans ce contexte que le retrait d’une notion très importante d’un projet de loi européen sur le droit à la réparation fait grand bruit dans l’industrie. En effet, la Commission européenne a retiré une ligne du texte législatif qui prévoyait d’obliger les fabricants de batteries à permettre le remplacement d’une seule cellule défaillante dans leurs produits.
Il devait donc devenir la norme pour l’industrie en Europe de proposer des réparations basées sur ce simple remplacement de cellule, sans obliger les clients à racheter une batterie entière en cas de souci. Vous vous en doutez, les opinions varient grandement à ce sujet, entre les défenseurs d’un droit à la réparation total, pour des raisons écologiques autant qu’économiques, et ceux qui estiment que ces actes de réparation peuvent entraîner des problèmes de sécurité s’ils sont mal maîtrisés, invitant la Commission à préférer un remplacement complet des batteries.
Sécurité ou sobriété : quand les lobbys entrent dans la danse
Bosch, leader du marché des motorisations pour VAE qui pèse forcément beaucoup sur ces décisions, s’est félicité de cette modification par le biais de son patron, Claus Fleischer, qui a indiqué à Bike EU : « Même si nous aurions préféré une proposition encore plus claire, nous avons le sentiment que l’industrie du vélo est enfin entendue par la Commission européenne. Donc oui, cet amendement est un pas dans la bonne direction. Les réglementations de sécurité existantes fonctionnent très bien, mais nous nous retrouvons aujourd’hui avec de nouvelles exigences contradictoires. Pourquoi changer un produit sûr et un système qui fonctionne bien ?«
Un discours rejoint par ceux qui pensent que les batteries au lithium sont un composant trop dangereux pour que leurs manipulations soient encouragées, même si la tendance va à la réparation plutôt qu’au remplacement. « De manière générale, je suis favorable au droit à la réparation, mais les batteries au lithium sont trop dangereuses. Malheureusement, la sécurité doit primer sur la capacité de chacun à bricoler dans son garage (…) La quasi-totalité des incendies liés aux vélos électriques proviennent de constructions amateurs. On trouve beaucoup de vidéos sur YouTube montrant des personnes qui fabriquent des batteries de manière très dangereuse, et je pense que cela donne une mauvaise image de la réalité », commente Nick Bailey de BatteryIQ chez Cycling Electric.
Une négation de la démocratie ?
Le son de cloche est totalement différent si l’on interroge un acteur tel que Gouache, une entreprise française qui conçoit l’Infinite, une batterie lithium pour vélos électriques réparable et moins chère. Chez Bike EU, Alexandre Vallette, fondateur, exprime son avis : « Je trouve profondément troublant, et franchement honteux, de voir comment des groupes de pression opérant à huis clos démantèlent des avancées réglementaires majeures qui ont été débattues, votées et adoptées publiquement, sous le contrôle démocratique total, après des années d’intenses débats politiques et industriels. Nous voyons que les députés font désormais marche arrière, ignorant les parties prenantes opposées, alors que nous les avons contactés et avons tenté de défendre notre position sans jamais recevoir de réponse ».
En d’autres mots, la Commission européenne est prête à passer par dessus le vote des législateurs de l’Union en donnant raison aux seuls lobbys qu’elle a accepté d’écouter. Vu sous cet angle, c’est effectivement particulièrement choquant.
Il existe peut être un monde où un compromis qui ne laisse pas les amateurs de vélo prendre des risques en ouvrant eux-mêmes leurs batteries tout en autorisant les remplacements de cellules sur des produits aussi onéreux et stratégiques par des professionnels en environnements contrôlés doit pouvoir contenter la plupart des industriels. Car s’il ne faut évidemment pas rigoler avec la sécurité des personnes, il faut aussi savoir que le gaspillage de ressources doit être évité alors que les cellules des batteries sont très difficiles à recycler.
- Publié le 21 janvier 2026