Vélo et société

Strava : de l’IA pour faire le ménage dans ses classements et traquer les tricheurs

Strava est en train d’opérer l’un des plus grands « nettoyages » de son histoire pour restaurer l’intégrité de ses classements. Grâce à de nouveaux modèles d’IA, la plateforme supprime des millions d’activités suspectes.

En bref :

  • Strava a supprimé des millions d’activités suspectes qui auraient été réalisées en VAE ou dans un véhicule.
  • L’application s’est appuyé sur une IA développée pour distinguer les résultats incohérents.
  • Un grand ménage qui permet de replacer les performances dans un cadre plus juste.

Pour les amateurs de KOM, QOM, PR ou autres jalons personnels, Strava vient de lancer une initiative d’envergure pour purger ses classements des performances douteuses. La plateforme, utilisée par des millions de cyclistes dans le monde, a annoncé récemment avoir supprimé plus de 2,3 millions de sorties enregistrées sur des vélos électriques, mais déclarées comme sorties classiques, ainsi que 1,6 million d’activités réalisées en véhicule, qui faussaient les performances et les classements. Résultat : près de 293 000 sportifs ont retrouvé leur place légitime dans les top 10 des segments. 

Ce grand ménage est rendu possible grâce à un ensemble de modèles d’apprentissage automatique développés par Strava. L’un de ces modèles, appelé Enhanced E-Bike Detection, est spécifiquement entraîné pour repérer les traces caractéristique d’un vélo à assistance électrique quand elles sont masquées en simple sortie de vélo. Un second modèle a permis de recalculer de manière exhaustive les 100 meilleures performances sur chaque segment de course à vélo à l’échelle mondiale, en éliminant non seulement les VAE, mais aussi les activités mal classées (par exemple celles enregistrées comme course à pied alors qu’il s’agit de cyclisme). Un troisième modèle travaille quant à lui à mieux distinguer les activités réellement réalisées à pied de celles faites à vélo, ce qui permet de fiabiliser également les classements de course à pied.

Strava n’en est pas à son premier nettoyage, en mai 2025 déjà, la plateforme avait retiré plus de 4 millions d’activités contenues dans des catégories erronées ou enregistrées dans des véhicules en appliquant des techniques similaires, afin de rendre les classements plus justes pour tous les utilisateurs. 

Derrière cette démarche se trouvent deux enjeux majeurs pour les utilisateurs de la plateforme : d’une part, la protection de la valeur symbolique des KOM, QOM ou autres PR, qui représentent pour beaucoup de cyclistes des marques tangibles d’effort et de progrès. D’autre part, l’expérience même des sportifs amateurs ou aguerris, qui souhaitent mesurer leurs performances dans un cadre équitable. Strava cherche donc à offrir une plateforme où ces jalons ont du sens et ne sont pas battus par des activités qui n’auraient jamais dû figurer dans les classements.

Une détection encore imparfaite

Cependant, malgré la puissance de ces modèles, la détection n’est pas parfaite. Les équipes de Strava reconnaissent que certains cas peuvent encore échapper à l’analyse, ou au contraire que des activités parfaitement légitimes puissent parfois être signalées à tort. La question de la transparence autour des critères utilisés par l’IA, notamment pour la distinction entre vélos classiques et électriques, reste ouverte, car Strava n’a pas publié tous les détails techniques de ses modèles. 

Pour les cyclistes, cette évolution pose aussi la question de la place des vélos à assistance électrique dans l’univers Strava : faut-il continuer à les exclure des classements classiques ou imaginer des classements dédiés à ces appareils ? Certains usagers, frustrés par la domination des VAE sur certains segments, y voient une opportunité d’évoluer vers une segmentation plus fine. 

La quête de Strava pourrait sans doute passer par un questionnement interne. S’il est possible que certains cherchent effectivement à tromper le système, d’autres utilisateurs ne se sont sans doute jamais vraiment poser la question. Tout le monde n’utilise pas Strava à des fins de suivi de performance ou de classements, mais cherchent simplement à garder une trace de leur balade. Parmi ces cyclistes, beaucoup ne savent certainement même pas qu’il existe une option pour indiquer que l’on roule en VAE.

En tout cas, cette initiative montre que Strava prend au sérieux les demandes de sa communauté de cyclistes et cherche à rendre sa plateforme plus juste et plus fiable. Pour les adeptes de courses chronométrées, de défis personnels ou simplement de suivi de progression, cela constitue une avancée majeure vers une compétition plus authentique.

  • Publié le 5 février 2026

Journaliste à vélo, expatrié dans le Luberon. Persuadé d'être un sniper de l'humour, qui ne rate jamais sa cible.

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