Vélo et société

« Touche pas à ma piste cyclable » : à Nice, le retour en arrière qui ne passe plus

À Nice, une piste cyclable installée dans le tunnel du Congrès pourrait disparaître pour laisser place aux voitures. Face à ce projet, une pétition citoyenne s’organise pour défendre cet aménagement devenu essentiel.

© Nice à vélo

En bref :

  • À Nice, une piste cyclable essentielle pourrait être supprimée au profit des voitures.
  • Cette décision mettrait en danger les cyclistes et casserait un maillon clé du réseau.
  • La mobilisation citoyenne montre que les infrastructures vélo ne sont plus négociables.

Il y a des décisions qui en disent long sur une vision de la ville. Celle envisagée aujourd’hui à Nice en fait partie. Dans le tunnel du Congrès, un aménagement cyclable mis en place en 2020 est aujourd’hui menacé. La municipalité, dirigée par Éric Ciotti, envisage de rouvrir cet axe aux voitures, au détriment d’une infrastructure devenue centrale pour les déplacements à vélo. Une pétition portée notamment par l’association Nice à Vélo appelle à maintenir ce tunnel en accès 100 % cyclable.

Une infrastructure utile, fréquentée… et menacée

Contrairement à certaines critiques habituelles, la piste cyclable du tunnel n’est pas un aménagement symbolique. Elle est utilisée. Beaucoup. Les données avancées par les porteurs de la pétition parlent d’environ 900 passages quotidiens, avec des pics à plus de 1 000 en été. Un niveau de fréquentation qui en fait un axe structurant pour les déplacements à vélo, notamment pour relier le centre-ville à la Promenade des Anglais. 

Plus qu’un simple raccourci, ce tunnel joue un rôle clé dans la continuité du réseau. Il permet d’éviter des axes saturés et dangereux, et offre une traversée directe, protégée et lisible pour tous les publics, y compris les moins expérimentés. 

Supprimer une piste, ce n’est jamais neutre

Ce que rappelle cette mobilisation, c’est une réalité souvent ignorée dans les débats publics : supprimer une infrastructure cyclable ne fait pas disparaître les cyclistes. Cela les déplace. Et souvent, cela les met en danger.

Sans ce tunnel, les usagers seraient contraints de rejoindre la surface et de traverser plusieurs voies de circulation dense. Une situation qui augmente mécaniquement les risques d’accident et les conflits d’usage avec les piétons. 

C’est d’ailleurs tout le paradoxe de ce type de décision. On prétend fluidifier la circulation automobile, mais on dégrade simultanément la sécurité et l’efficacité des autres modes. Et surtout, on oublie un principe désormais bien documenté : plus on redonne de la place à la voiture, plus elle revient. Le trafic ne disparaît pas, il s’adapte. Et souvent, il augmente.

Le faux argument de la fluidité

Les défenseurs de la réouverture avancent un argument classique : celui de la fluidité du trafic. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Le trafic automobile dans ce tunnel avait déjà baissé de 25 % entre 2012 et 2020. 

Autrement dit, la transformation en piste cyclable n’a pas créé de problème majeur. Elle a accompagné une tendance déjà en cours. Revenir en arrière, ce n’est donc pas “corriger une erreur”. C’est inverser une dynamique. Et prendre le risque de recréer du trafic là où il avait diminué.

Un symbole des tensions actuelles

Ce qui se joue à Nice dépasse largement ce tunnel. Partout en France, les aménagements cyclables sont encore fragiles. Ils progressent, mais restent souvent contestés, remis en cause, parfois supprimés.

Et pourtant, les villes qui investissent dans des réseaux continus et sécurisés voient la pratique du vélo augmenter rapidement. C’est exactement l’objectif de projets comme les réseaux express cyclables, conçus pour structurer les déplacements du quotidien. À l’inverse, chaque recul envoie un signal clair : celui d’un retour possible au tout-voiture.

L’adjoint délégué à la circulation, Laurent Merengone, a invité l’association Nice à Vélo à un échange sur le sujet le jeudi 23 avril 2026. Des solutions alternatives ont ainsi pu être présentées aux élus, mais rien ne semble encore décidé pour le moment du côté de la mairie.

Une mobilisation qui dit quelque chose de nouveau

En quelques jours, la pétition du collectif Nice à Vélo a rassemblé plusieurs milliers de signatures, preuve que les usagers du vélo ne sont plus silencieux. Ils défendent désormais leurs infrastructures. Ils s’organisent. Ils proposent des alternatives. Et surtout, ils refusent de voir disparaître des aménagements qui fonctionnent.

Le vélo a longtemps été une variable d’ajustement dans les politiques de mobilité. On aménageait quand il restait de la place. On supprimait dès qu’il fallait faire de la place ailleurs. Mais le vélo ne doit plus être marginal. Parce qu’il répond à des enjeux de santé, de climat, de congestion et de qualité de vie.

Et parce qu’une infrastructure cyclable efficace n’est pas un luxe. C’est une condition de base pour permettre à tous de se déplacer autrement.

  • Publié le 6 mai 2026

Journaliste à vélo, expatrié dans le Luberon. Persuadé d'être un sniper de l'humour, qui ne rate jamais sa cible.

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