Lapierre ne veut pas tomber avec Accell : la marque française cherche un investisseur pour rester à Dijon
Lapierre a demandé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Dijon. L’objectif n’est pas de liquider l’entreprise, mais de gagner du temps pour trouver un investisseur et préserver son activité.

En bref :
- Lapierre a demandé l’ouverture d’un redressement judiciaire, avec une audience prévue le 25 août 2026.
- La marque revendique 106 salariés, 99,1 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et plus de 800 revendeurs.
- L’activité continue, mais l’avenir dépend désormais de l’arrivée d’un investisseur capable de financer son autonomie.
Lapierre entre dans une période décisive. La marque dijonnaise a déposé, mercredi 5 août, une demande d’ouverture de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Dijon, après consultation de son Comité social et économique. L’audience est prévue le 25 août 2026.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une demande de liquidation. La direction insiste sur ce point : si la procédure est ouverte, elle doit permettre à l’entreprise de poursuivre son activité pendant une période d’observation, de consolider son plan de redressement et de faire entrer un investisseur.
Cette distinction est importante. Un redressement judiciaire place l’entreprise sous protection, afin d’organiser sa continuité et d’étudier les solutions possibles. Pour Lapierre, le scénario recherché est clair : un plan de continuation permettant à la marque de retrouver une autonomie commerciale, opérationnelle et financière.
Accell, la maison mère qui lâche prise
La difficulté de Lapierre ne peut pas être séparée de celle d’Accell Group. Le groupe néerlandais, propriétaire de nombreuses marques européennes comme Lapierre, Haibike, Babboe, Batavus, Koga, Winora ou Sparta, a lui-même lancé une procédure d’insolvabilité après l’échec de discussions avec de potentiels repreneurs.

L’histoire récente d’Accell résume une partie des excès du marché du vélo post-Covid. En 2022, le groupe avait été racheté par un consortium mené par le fonds KKR pour environ 1,56 milliard d’euros. Le pari reposait alors sur la poursuite de la forte croissance du vélo, et notamment du vélo électrique. Mais le retournement du marché a été brutal : baisse des volumes, stocks trop élevés, promotions massives et pression continue sur les marges.
Lapierre doit désormais construire seule son avenir. Dans son communiqué, la marque évoque la disparition du soutien financier d’Accell comme un élément déterminant. Cette rupture oblige l’entreprise dijonnaise à chercher un nouvel appui, industriel ou financier, pour maintenir son activité.
Une marque de 80 ans, 106 salariés et 800 revendeurs
L’enjeu dépasse la seule restructuration financière. Fondée à Dijon en 1946, Lapierre fait partie des rares noms français encore fortement identifiés dans le vélo sportif, le VTT, le vélo de route et le vélo électrique. La marque revendique aujourd’hui 106 collaborateurs, 99,1 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et un réseau de plus de 800 revendeurs.
Cette implantation locale reste au cœur de son discours. Lapierre ne cherche pas seulement à survivre comme marque commerciale, mais à préserver son ancrage dijonnais, son équipe et son savoir-faire. C’est aussi pour cette raison que l’entreprise mobilise déjà les acteurs publics locaux et régionaux autour du dossier.
La Préfecture, les services de l’État, la Région Bourgogne-Franche-Comté, Dijon Métropole, la Ville de Dijon, les banques, les distributeurs, les fournisseurs et les partenaires logistiques sont cités parmi les interlocuteurs mobilisés. Cette implication territoriale ne remplace pas la nécessité d’un investisseur privé, mais elle doit contribuer à créer les conditions d’une solution durable.
Des efforts déjà engagés, mais une trésorerie encore insuffisante
Lapierre n’arrive pas devant le tribunal sans avoir commencé à agir. L’entreprise explique avoir déjà réduit ses coûts, adapté son organisation et assaini ses stocks. Entre fin 2023 et fin 2024, les stocks de produits finis auraient diminué de près de 47 %. Entre 2024 et 2025, la perte d’exploitation aurait été réduite de 41 %.
Les premiers mois de 2026 montreraient aussi des signaux d’amélioration, notamment sur les marges. Ce sont des éléments importants, car ils permettent à la direction de défendre l’idée d’un redressement opérationnel déjà engagé. Mais ces progrès ne suffisent pas encore à restaurer la trésorerie. L’enjeu de la procédure reste de transformer des signes d’amélioration en projet industriel crédible, soutenu par un investisseur capable de financer la transition hors du giron Accell.
Les clients et revendeurs en première ligne
Pour les clients, revendeurs et utilisateurs de vélos Lapierre, la marque insiste sur la continuité de l’activité. Les équipes restent mobilisées pour suivre les commandes, les livraisons, les garanties, les pièces de rechange et le service après-vente. Tout partenaire directement concerné par une évolution de la situation doit être contacté individuellement.
Ce point sera crucial dans les prochaines semaines. Dans le cycle, la confiance dans le réseau compte autant que la solidité d’une gamme produit. Un doute prolongé sur les garanties, les pièces ou la disponibilité des vélos peut rapidement fragiliser une marque auprès des magasins comme des clients finaux.
Lapierre doit donc mener deux combats en parallèle : convaincre un investisseur et maintenir la confiance de son réseau. Avec plus de 800 revendeurs, la marque conserve un actif commercial majeur, mais cet actif ne tiendra que si l’activité reste lisible pendant la procédure.
Un symbole de la crise du cycle européen
La situation de Lapierre illustre plus largement la fragilité d’une industrie du cycle encore en phase d’atterrissage après les années d’euphorie. Le vélo reste porté par des tendances de fond solides : transition des mobilités, développement du VAE, pratique sportive, usages urbains. Mais le marché ne s’est pas normalisé sans casse.
Les marques doivent aujourd’hui absorber des stocks constitués pendant la période de forte demande, retrouver des marges, rationaliser leurs gammes et composer avec un consommateur plus prudent. Les groupes les plus endettés ou les plus exposés à la baisse des volumes sont les premiers touchés.
Pour Lapierre, la prochaine étape sera donc judiciaire, mais aussi industrielle. L’audience du 25 août doit déterminer l’ouverture de la procédure. Ensuite, l’entreprise devra démontrer qu’elle peut redevenir autonome, préserver le maximum de ses 106 emplois et continuer à faire vivre une marque française née à Dijon il y a 80 ans.
- Publié le 6 août 2026