La fausse croyance qui freine les rues commerçantes
D’après une enquête menée par le Collectif Vélo Ile de France, les commerçants de centre-ville surestiment nettement la part de leurs clients qui sont venus en voiture. Le poids du vélo est pour sa part largement sous-estimé.

En bref :
- Le Collectif Vélo Île-de-France a interrogé commerçants et clients de 4 rues commerçantes de communes d’Île-de-France.
- À chaque fois, on note un décalage entre ce que pensent les commerçants et la réalité des réponses de leurs clients.
- Une preuve supplémentaire que la diminution de la place de la voiture est tout sauf nocive pour les commerces de centre-ville.
A l’approche des élections municipales, certains discours s’intensifient dans la bouche des candidats, mais également au travers de reportages menés par des médias. Parmi ces discours, celui qui pointe la responsabilité du développement d’infrastructures dédiées au vélo dans la baisse de chiffre d’affaires des commerçants de centre-ville tient une bonne place.
C’est pourquoi le Collectif Vélo Île-de-France a mené une enquête dans une rue commerçante de 4 communes de la région parisienne. Clients et commerçants de Chelles (77), Ermont (95), Rosny-sous-Bois (93) et Antony (92) ont été interrogés par des bénévoles de l’association.
Ce qui ressort de cette enquête (qui comporte des limites sur lesquelles nous reviendrons), c’est que les commerçants ont tendance à mal connaitre leur clientèle. La faute sans doute à un biais de perception venant de leurs propres habitudes.
Des commerçants qui connaissent mal leurs clients
Pour commencer, les commerçants surestiment largement la proximité du lieu d’habitation de leurs clients. À Rosny-sous-Bois, les commerçants affirment que leurs clients proviennent à 71 % des alentours de leur magasin. Pourtant, les clients interrogés n’étaient que 12 % dans ce cas là. À l’inverse, les commerçants pensent que seul 1 client sur 10 habite hors du centre-ville de Rosny. Une situation qui concerne pourtant près de la moitié des clients. Dans les 4 communes étudiées, ce type de constat se retrouve et les clients même éloignés des centres-ville représentent des parts non négligeables de la clientèle.

Cet éloignement pourrait alors se traduire par un usage effectivement élevé de la voiture. Il n’en est rien. La voiture ne représente que 9 à 20 % des moyens de déplacement déclarés par les clients. Pourtant, les commerçants estiment que la voiture est choisie entre 34 et 40 % du temps par leurs clients. À l’inverse, le vélo est toujours sous-estimé. Les commerçants d’Ermont estiment que 0,4 % de leurs clients vient à vélo, ils sont pourtant 6 % à l’avoir déclaré aux bénévoles. La marche reste le moyen de déplacement le plus cité par les clients (65 % en moyenne sur les 4 villes). En moyenne, la voiture en représente que 17 % des moyens de transport utilisés par les clients.

Pourquoi un tel écart entre la perception des commerçants et la réalité des clients ? L’une des réponses tient sans doute dans un biais basé sur leurs propres habitudes. Les commerçants de Chelles déclarent à 38 % se rendre au travail en voiture, un chiffre qui grimpe à 82 % pour leurs confrères d’Ermont. Cela explique pourquoi la part des commerçants qui trouvent qu’il est plutôt difficile ou très difficile de stationner en voiture aux alentours de leur commerce se situe entre 80 et 92 % en fonction des communes. Surprenant quand on voit que 71 % des clients automobilistes jugent qu’il est facile de stationner à Antony, tandis que les commerçants pensent à 92 % le contraire.

Peut-être ont-ils raison et que le stationnement est effectivement difficile en voiture. Cela n’est néanmoins pas un frein pour une clientèle qui utilise ce mode de déplacement de manière minoritaire. D’autant que les clients qui se déplacent à pied et à vélo sont ceux qui viennent le plus fréquemment dans les magasins du centre-ville.

L’enquête auprès des clients de ces 4 rues commerçantes pointe que ces derniers considèrent qu’il y a trop de voitures dans le quartier, mais que la circulation à vélo y est difficile. Dommage pour des rues qui sont jugées agréables néanmoins en moyenne, malgré le bruit de la circulation des véhicules motorisés, lui aussi pointé par les répondants.
Des clients prêts à changer leurs habitudes
On pourrait pointer certaines limites de l’enquête, comme les horaires auxquels elle a été menée, principalement en semaine. De quoi éliminer une partie de la population qui fait plutôt ses courses le samedi ou en fin de journée. Les retraités sont en revanche surreprésentés parmi les répondants. Un fait qui reste intéressant puisque les défenseurs de la voiture placent souvent les plus âgés comme ceux qui sont les plus pénalisés par la diminution de l’espace dédié aux véhicules motorisés. Pourtant, dans cette enquête, les plus de 66 ans sont sous-représentés parmi les utilisateurs de voiture.
L’enquête du Collectif Vélo Île-de-France soulève d’autres points intéressants, comme le fait que bon nombre d’automobilistes interrogés reconnaissent qu’ils auraient pu choisir un autre mode de déplacement. Certains affirment même être prêts à changer leurs habitudes. Certains aimeraient également diminuer la place des voitures pour en donner plus au vélo, afin de réduire la proximité avec les piétons.
Quant à la question de la baisse du chiffre d’affaires des commerçants, les clients d’Ermont évoquent notamment la concurrence du centre commercial voisin, où les prix pratiqués sont plus bas. Un centre commercial qui, en plus, est facile d’accès à pied.
Cette enquête peut être critiquée sur certains points de méthodologie et le nombre de répondants limité. Cependant, la convergence des réponses aussi bien du côté des clients que de celui des commerçants est assez frappante. Un bon moyen de rappeler aux élus et aux candidats que la voiture n’est certainement pas une alliée des centres-ville, à l’inverse du vélo. Une preuve de plus, puisque les études convergent vers cette conclusion, à travers le monde entier.
- Publié le 10 février 2026