Ateliers Gonnel : le pari industriel du bois pour réinventer le vélo de performance
À La Rochelle, une jeune manufacture française bouscule les codes du cycle haut de gamme. Les Ateliers Gonnel conjuguent bois et composites pour concevoir des cadres performants, durables et radicalement différents.

En bref :
- Entreprise née en 2022 à La Rochelle, Gonnel développe des vélos route et gravel en bois et fibres composites inspirés du nautisme.
- Leur technologie bois-fibre optimise la rigidité, le confort et le poids, avec une production artisanale sur des vélos de série ou des projets personnalisés.
- Soutenue par des investisseurs comme François Gabart, la start-up vise une montée en cadence pour atteindre les 200 vélos annuels d’ici 2027.
Dans une industrie dominée par le carbone, Les Ateliers Gonnel font figure d’outsider. Fondée en 2022 à La Rochelle par trois ingénieurs issus de l’EIGSI, la jeune pousse transpose au vélo des savoir-faire issus du nautisme et de l’aéronautique. À sa tête, Benjamin Boissier, spécialiste des matériaux composites, porte une vision singulière : produire des vélos sportifs capables de durer « une vie » tout en réduisant leur impact environnemental.


Implantée sur le plateau nautique rochelais, l’entreprise s’inscrit dans un écosystème technique propice aux matériaux avancés. Ce terreau industriel explique en grande partie la nature hybride de ses cadres, à mi-chemin entre artisanat et ingénierie de pointe.
Une architecture bois-composite issue du nautisme
La philosophie produit est volontairement resserrée : deux modèles structurent l’offre. L’Alliage cible la route, tandis que l’Embrun s’adresse au gravel, avec une orientation endurance et ultra-distance.
Les masses restent contenues pour la catégorie, avec des vélos complets oscillant entre 8 et 11 kg selon les configurations. Mais l’intérêt n’est pas tant dans le poids absolu que dans le comportement dynamique, revendiqué comme distinct des standards carbone, atteignant le confort des très bons cadres titane.


Le cœur du concept repose sur une structure « sandwich » inspirée de la construction navale. Le principe : un noyau bois léger (peuplier, frêne ou paulownia), pris en étau entre des couches de fibres (lin ou carbone).
Cette architecture, parfois décrite comme un « mille-feuille » technique, permet d’ajuster finement les propriétés du cadre. Le bois joue un rôle d’amortisseur naturel, filtrant les vibrations, tandis que les fibres assurent rigidité et rendement.
La seconde génération des vélos Gonnel pousse plus loin cette logique avec une optimisation vibratoire réalisée avec un bureau d’études spécialisé. Résultat : un compromis plus abouti entre confort, précision de pilotage et résistance structurelle.
Des cadres très techniques
La production repose sur un processus hybride. Les pièces bois sont d’abord usinées sur centres numériques à partir de modèles 3D, garantissant précision et reproductibilité. Elles sont ensuite assemblées dans des moules sous vide, où les différentes couches sont stratifiées.
La finition reste largement manuelle : ajustements, ponçage, vernis. Chaque cadre est fabriqué à l’unité, dans une logique quasi artisanale. L’approvisionnement privilégie les circuits courts, avec du bois issu du marais poitevin et des fibres de lin françaises, contribuant à un taux de matériaux biosourcés élevé, autour de 80 %. La logique écologique est donc poussée jusqu’au bout.

La question de la résistance à l’eau ou du travail du bois dans le temps est souvent abordée dès lors que l’on parle de cadres de vélo en bois, mais le processus de fabrication avec le mélange aux fibres élimine totalement ces problèmes. D’une part les cadres sont totalement imperméables à l’humidité, et d’autre part les modifications structurelles du bois en fonction des conditions climatiques sont éliminées.
Au-delà du matériau, Gonnel travaille des détails typiques des cadres haut de gamme : intégration des standards modernes (flat mount, patte UDH), optimisation des zones de contraintes et orientation des fibres pour moduler la rigidité locale.
Le choix du bois permet aussi une signature dynamique spécifique : absorption des hautes fréquences, silence de fonctionnement, et sensation de « filtration » recherchée sur les longues distances.
200 vélos l’an prochain
Le concept suscite un intérêt croissant dans le milieu cycliste, notamment auprès des pratiquants longue distance. Les cadres ont déjà été engagés sur des épreuves exigeantes comme Paris-Brest-Paris ou le Paris-Roubaix Challenge, démontrant leur capacité à encaisser des contraintes réelles.
Si des interrogations subsistent sur la durabilité à très long terme, la certification ISO 4210 obtenue en 2025 apporte une première validation industrielle.

Pour accélérer son développement, la start-up a réalisé une levée de fonds de plusieurs centaines de milliers d’euros. Elle a notamment convaincu le navigateur et entrepreneur François Gabart d’entrer à son capital, signe d’une crédibilité renforcée dans l’écosystème de l’innovation maritime et industrielle.
La montée en cadence est progressive mais ambitieuse : de quelques unités mensuelles aujourd’hui à un objectif dépassant les 200 vélos par an à horizon 2027.
Du côté du modèle route, l’Alliage, le kit cadre est proposé au tarif de 4500 € (1,6 kg), avec ensuite trois montages proposés à partir de 6600 €. Un configurateur permet d’adapter son vélo à son projet, ses besoins en termes de composants, et évidemment son budget. Le kit cadre de l’Embrun (2,2 kg), modèle gravel, démarre à 3700 € avec un premier montage à 5150 €. Les fourches sont en carbone, la garantie est de 5 ans et trois tailles de cadre sont proposées ainsi que trois teintes.
- Publié le 7 mai 2026