Bastille Cycles en redressement judiciaire : le vélo pliant français à grandes roues face à ses limites
Après plusieurs années de développement et un lancement ambitieux, Bastille Cycles a été placée en redressement judiciaire le 29 octobre dernier. Malgré 10 millions d’euros levés et un produit singulier, la marque peine à trouver sa place sur un marché du vélo urbain en pleine crise.

En bref :
- Bastille Cycles a été placée en redressement judiciaire le 29 octobre 2026 par le tribunal des activités économiques de Paris.
- La marque avait levé 10 millions d’euros auprès des fonds Eutopia et Ankaa Ventures pour développer et commercialiser son vélo pliant à grandes roues.
- Le Bastille reste un produit singulier, mais son positionnement de niche et son modèle électrique peinent à convaincre sur un marché urbain en pleine mutation.
La nouvelle est tombée le 3 novembre. Bastille Cycles, la marque française fondée par Gilles Henry et Quentin Bernard, a été placée en redressement judiciaire le 29 octobre 2026 par le tribunal des activités économiques de Paris. L’entreprise dispose désormais d’une période d’observation de six mois pour tenter de redresser sa situation et trouver une issue à ses difficultés financières.
Dans un entretien accordé à FrAndroid, Gilles Henry explique cette situation par un marché du vélo urbain particulièrement difficile, des ventes inférieures aux attentes et des difficultés à mobiliser de nouveaux financements. « C’est difficile pour le vélo urbain en ce moment et les distributeurs sur lesquels on s’est appuyés, ainsi on n’est pas sur la trajectoire qui était la nôtre, malgré un objectif raisonnable. »
Le cofondateur estime également que Bastille est arrivé trop tard sur le marché, au moment où celui-ci commençait à se contracter. « On n’est pas très loin du niveau où l’on voulait être, mais cette petite différence suffit à dériver de la trajectoire », explique-t-il.
La marque entend toutefois poursuivre son activité. Gilles Henry se dit optimiste quant à la possibilité de trouver des investisseurs et évoque de « nombreux projets dans les cartons ». Les six prochains mois seront déterminants pour l’avenir de l’entreprise.
10 millions d’euros pour lancer Bastille
Nous suivons Bastille Cycles depuis ses débuts. En octobre 2023, Gilles Henry, connu pour avoir conçu la poussette Yoyo, dévoilait un projet mûri pendant plusieurs années : concevoir un vélo pliant capable de conserver le comportement routier d’un vélo classique. Dès le mois de décembre 2023, nous visitions les locaux de la jeune marque et posions nos fesses sur les premiers modèles roulants du Bastille à l’occasion d’une prise en main.
On découvrait alors un pari technique ambitieux, qui s’est aussi accompagné de moyens financiers conséquents. Bastille a levé 10 millions d’euros auprès des fonds d’investissement Eutopia et Ankaa Ventures. Une somme considérable à l’échelle de l’industrie du cycle, notamment pour une jeune marque indépendante.

Ce financement devait permettre de finaliser le développement, industrialiser le produit, structurer l’entreprise et assurer son déploiement commercial. Il plaçait Bastille dans une situation bien plus confortable que celle de l’immense majorité des petites marques qui se lancent aujourd’hui dans le vélo, souvent avec des ressources limitées et sans accès à de tels investisseurs.
Mais malgré tout, le contexte économique auquel a été confronté Bastille ces dernières années est resté compliqué. Les distributeurs sont prudents, les consommateurs arbitrent davantage leurs dépenses et plusieurs acteurs historiques ou récents sont en difficulté.
Un vélo de niche dans la niche du pliant
Le Bastille repose sur une idée séduisante : proposer un vélo urbain à grandes roues, capable de se plier rapidement pour faciliter son rangement ou son transport. Avec ses roues de 27,5 pouces, sa transmission par courroie et son équipement complet, il se distingue clairement des modèles pliants traditionnels.
Lors de son test complet, le vélo nous avait convaincus par son comportement, son confort et sa capacité à conserver les sensations d’un vélo classique malgré son architecture particulière. Mais cette singularité constitue aussi sa principale limite commerciale. Le Bastille ne s’adresse pas à tous les cyclistes urbains. Il vise ceux qui souhaitent avant tout rouler sur un vélo de taille normale, tout en ayant la possibilité de le plier pour le stocker à domicile ou l’emporter ponctuellement dans un train.

Le marché du vélo pliant est déjà un segment spécifique. Celui du vélo pliant à grandes roues l’est davantage encore. Le Bastille répond à un besoin réel, mais relativement étroit, qui suppose souvent de disposer d’un espace de stockage adapté et de ne pas rechercher l’encombrement minimal d’un Brompton ou d’autres modèles compacts.
À 2590 euros dans sa version mécanique, le Bastille se positionne par ailleurs assez haut sur le marché. Un tarif qui se justifie en partie par sa conception, ses composants et sa fabrication française, mais qui le confronte aussi à des vélos urbains non pliants bien équipés et plus accessibles.
Un Bastille électrique pas suffisamment convaincant ?
En 2025, Bastille a franchi une nouvelle étape en lançant une déclinaison électrique. Le Bastille E reprend le principe du modèle mécanique en y ajoutant une assistance discrète, avec un moteur arrière de 25 Nm et une batterie de 210 Wh.
Sur le papier, cette proposition conserve la philosophie de la marque : un vélo relativement léger, simple et peu encombrant, sans chercher à multiplier les technologies embarquées. Mais notre prise en main avait également mis en évidence les limites de cette motorisation, notamment au regard du tarif de 3190 euros.



Le choix technique est cohérent avec l’identité de Bastille. Il l’est peut-être moins avec les attentes d’une partie du marché du vélo électrique urbain, où l’assistance, l’autonomie et la polyvalence occupent une place de plus en plus importante.
Le vélo électrique représente désormais une part majoritaire des ventes de vélos neufs dans plusieurs segments urbains. Les consommateurs attendent souvent une assistance capable de faciliter les déplacements quotidiens, de franchir des côtes et de transporter des charges. Face à ces attentes, le Bastille E apparaît comme une proposition assez particulière : un vélo électrique qui privilégie la compacité et la simplicité, mais dont le prix exige de faire quelques concessions sur les performances de l’assistance.
Le modèle électrique n’a donc pas nécessairement élargi suffisamment la cible de Bastille. Il a surtout ajouté une nouvelle proposition à un catalogue déjà très spécialisé.
Un marché difficile, mais pas une explication suffisante
Gilles Henry évoque le climat d’investissement, devenu beaucoup plus frileux depuis les défaillances de plusieurs marques du secteur. Un constat difficile à contester. La crise du vélo a fragilisé les distributeurs, réduit les volumes et rendu les investisseurs plus prudents. « Objectivement, la marque attire beaucoup de monde, les clients sont super contents, la qualité est superbe, on est fiers de ce que l’on a accompli », explique-t-il à Frandroid. Il estime qu’il faut désormais franchir « cette première marche difficile à franchir, celle d’un niveau suffisant pour être visible ».
Mais le parcours de Bastille illustre aussi une autre réalité : disposer d’un produit techniquement abouti, d’une équipe expérimentée et d’un financement conséquent ne suffit pas à trouver son marché. Les 10 millions d’euros mobilisés pour le projet représentent une avance considérable sur la concurrence pour un tel projet. Ils n’ont pourtant pas permis de garantir la viabilité de l’entreprise.
Six mois pour trouver une issue
Le redressement judiciaire ne signifie pas l’arrêt immédiat de Bastille Cycles. L’entreprise poursuit son activité pendant la période d’observation, qui doit lui permettre de rechercher des solutions pour assurer sa pérennité.
Plusieurs scénarios restent possibles : l’arrivée d’un nouvel investisseur, une reprise de l’entreprise ou, à défaut, une liquidation judiciaire. Pour les propriétaires d’un Bastille, l’activité se poursuit à ce stade. La suite de la procédure déterminera toutefois les conditions de maintien du service après-vente, de la garantie et de l’approvisionnement en pièces spécifiques.
Gilles Henry veut croire à une issue favorable : « On reste optimiste pour tirer notre épingle du jeu dans les mois à venir ». Nous souhaitons évidemment à l’équipe de Bastille Cycles de trouver la solution la plus favorable possible.
- Publié le 4 novembre 2026
En banlieue parisienne, ce quadra père de 2 enfants pratique le vélo au quotidien de manière (assez) sportive, sur route et en dehors. A des envies de longues randonnées à la découverte de nouveaux paysages.
