Vélo et société

Lapierre : 80 ans d’histoire, de victoires et de vélos devenus cultes

Les Cycles Lapierre sont entrés en redressement judiciaire suite à la faillite du groupe Accell : c’est toute une page de l’histoire du vélo français qui vacille. Fondée à Dijon en 1946 par Gaston Lapierre, la marque fête cette année ses 80 ans qui l’ont vu passer de fabricant bourguignon à référence internationale, aussi bien sur la route qu’en VTT, en accompagnant certains des plus grands champions de leur époque. Retour sur cette épopée unique.

L’histoire commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Gaston Lapierre crée à Dijon une entreprise de cycles qui profite rapidement de l’essor du vélo. Son fils Jacky prend la direction en 1960, avant que la famille poursuive le développement de la marque au fil des décennies. En 1972, une nouvelle usine est construite à Dijon pour répondre à la croissance de l’activité.

Mais c’est surtout à partir des années 1980 que Lapierre change de dimension. Alors que le VTT débarque d’Amérique du Nord, la marque fait partie des premiers constructeurs européens à croire au potentiel de cette nouvelle pratique. Elle s’engage rapidement en compétition et fait du sport de haut niveau un véritable laboratoire de développement.

La course comme ADN

Le VTT offre à Lapierre ses premières grandes heures de gloire. La marque s’impose progressivement en cross-country, en descente puis en enduro. Parmi les moments les plus marquants figure le sacre de Jérôme Chiotti, champion de France en 2001 sur le X-Control, devenu le premier pilote à décrocher le titre national sur un VTT tout suspendu.

Plus récemment, Lapierre a accompagné des athlètes comme Nicolas Vouilloz, légende du VTT et multiple champion du monde, ainsi qu’Emmeline Ragot en descente. La marque a également été associée aux succès de Loris Vergier dans ses jeunes années, avant de poursuivre son aventure dans les disciplines gravity avec notamment Isabeau Courdurier. La Française est devenue l’une des figures majeures de l’enduro mondial et a remporté 23 manches de Coupe du monde durant sa collaboration avec Lapierre, avant son titre mondial en 2024.

La route a offert une autre dimension à la marque dijonnaise. En 2002, Lapierre devient partenaire de l’équipe Française des Jeux. Dès la première saison, Bradley McGee remporte une étape du Tour de France. Le partenariat avec l’équipe de Marc Madiot installe durablement la marque au plus haut niveau et accompagne ensuite des générations de coureurs, de Thibaut Pinot à Arnaud Démare, en passant par David Gaudu.

Impossible d’oublier les images de Thibaut Pinot levant les bras au sommet de l’Alpe d’Huez en 2015 sur son Lapierre, ou ses victoires devenues emblématiques sur les routes du Tour de France et du Giro. Avec Groupama-FDJ, Lapierre a ainsi participé à plus de vingt ans d’histoire du cyclisme professionnel et à plusieurs centaines de victoires au plus haut niveau.

Les vélos qui ont marqué l’histoire de Lapierre

Le X-Control est sans doute l’un des modèles les plus importants de l’histoire technique de la marque. Lancé au début des années 2000, ce VTT tout suspendu équipé du système FPS symbolise l’ambition de Lapierre : proposer un vélo performant au pédalage tout en conservant les bénéfices de la suspension.

Impossible de ne pas évoquer également le Zesty qui est devenu l’un des noms les plus populaires du catalogue. Véritable référence du trail et de l’all-mountain, il a traversé les générations en s’adaptant à l’évolution du VTT moderne, jusqu’à devenir l’un des modèles les plus identifiés à la marque.

Il a été rejoint par le Spicy, son pendant plus engagé. Enduro, offrant un gros débattement et des performances de haut vol pour la compétition. Le Spicy a lui aussi largement participé à installer Lapierre dans l’univers du VTT et reste aujourd’hui encore l’un des piliers de la gamme.

Côté route, le Xelius est probablement le vélo de route le plus emblématique de Lapierre. Développé pour la compétition, il a accompagné les années FDJ puis Groupama-FDJ et reste associé aux grandes performances de Thibaut Pinot. Sa dernière évolution, le Xelius DRS, perpétue cette vocation de machine polyvalente destinée au très haut niveau.

Et pour la vitesse pure, Lapierre a développé le Aircode qui incarne la recherche aérodynamique. Pensé pour les sprinteurs, les rouleurs et les courses rapides, il représente l’autre facette de la gamme route Lapierre. Une plateforme de compétition performante qui fait, elle aussi, la renommée de la marque.

Enfin, parlons de l’Overvolt qui symbolise l’entrée réussie de Lapierre dans l’ère du vélo électrique. Décliné dans plusieurs pratiques, du VTTAE sportif aux usages plus polyvalents, il a permis à la marque de prendre rapidement position sur l’un des marchés les plus importants de ces dernières années.

Dès les années 2010, la marque s’est rapidement positionnée sur le marché alors émergent du VTTAE. Sans avoir inventé le concept, Lapierre a contribué à sa démocratisation en proposant des vélos pensés dès l’origine autour de cette pratique, avec une attention particulière portée à l’intégration du moteur, de la batterie et à la géométrie. Une nouvelle étape pour une entreprise qui, au fil de ses 80 ans d’histoire, aura surtout cherché à accompagner les grandes transformations du vélo plutôt qu’à rester enfermée dans ses acquis comme le montrent ses évolutions technologiques.

X-Control, FPS, OST, e:i Shock… un labo de technologies marquantes

L’une des contributions techniques les plus importantes de Lapierre reste sans doute la suspension FPS (Full Power Suspension). Apparue en 2001 sur le premier X-Control, cette cinématique à point de pivot virtuel cherchait à résoudre l’une des grandes contradictions du VTT tout suspendu de l’époque : conserver du confort et de la motricité sans sacrifier l’efficacité au pédalage.

Le système utilisait notamment la tension de la chaîne pour stabiliser la suspension autour de sa position d’équilibre et limiter les mouvements de pompage. Lapierre fera ensuite évoluer le concept avec les versions FPS2 puis FPS+, preuve de l’importance prise par cette technologie dans l’identité de la marque.

En 2008, Lapierre transpose cette réflexion aux VTT à plus grand débattement avec l’OST (Optimised Suspension Technology). Là encore, l’objectif est de concilier deux qualités souvent difficiles à réunir : une suspension active dans les portions accidentées et un vélo suffisamment stable et efficace au pédalage.

Cette architecture à point de pivot virtuel deviendra l’une des signatures des Zesty et Spicy et contribuera largement à leur succès dans les univers du trail, de l’all-mountain et de l’enduro. L’OST sera ensuite profondément retravaillée avec l’arrivée de l’OST+, notamment pour améliorer la sensibilité et la progressivité de la suspension.

Plus spectaculaire encore, Lapierre a été l’une des premières marques à pousser très loin l’idée d’une suspension pilotée électroniquement. Développé avec RockShox après plusieurs années de recherche, le système e:i Shock, lancé au début des années 2010, associait capteurs, accélérateurs et électronique pour analyser le terrain et le comportement du pilote.

L’amortisseur pouvait alors basculer automatiquement entre différentes positions de compression, sans intervention du vététiste. Le système anticipait même les chocs détectés à l’avant pour adapter la suspension arrière. Une approche particulièrement ambitieuse à une époque où la gestion électronique des suspensions restait encore très marginale dans le monde du VTT.

Un rôle précurseur dans l’évolution des standards du VTT

Lapierre a également accompagné plusieurs grandes évolutions du VTT moderne. On se souvient par exemple que la marque a adopté très tôt les roues de 29 pouces sur ses modèles de compétition. En 2011, Pauline Ferrand-Prévot a ainsi offert à Lapierre une victoire en Coupe du monde de cross-country sur un ProRace 29, présentée comme une première pour une marque sur ce format de roues.

Plus qu’une innovation précise, c’est aussi une méthode qui a distingué Lapierre. La marque a régulièrement intégré ses athlètes au développement de ses vélos. Nicolas Vouilloz, dix fois champion du monde de descente, a ainsi travaillé directement avec les équipes de recherche et développement sur les géométries et les suspensions des modèles engagés.

Cette proximité entre ingénieurs et pilotes de haut niveau a notamment contribué à façonner les Zesty et Spicy, dont les évolutions ont souvent été testées directement dans les conditions de la compétition. Chez Lapierre, la course n’a donc jamais seulement servi de vitrine : elle a aussi été un outil de développement.

Une marque qui a largement dépassé Dijon

Lapierre, c’est donc bien plus qu’un constructeur de vélos. C’est une marque qui a grandi avec le cyclisme moderne, en passant des vélos de série aux machines de compétition les plus sophistiquées. De Jérôme Chiotti à Thibaut Pinot, de Nicolas Vouilloz à Isabeau Courdurier, des pistes de cross-country aux routes du Tour de France, ses vélos ont accumulé les succès et contribué à construire une identité particulièrement forte dans le paysage français.

Aujourd’hui, alors que la marque traverse une période décisive avec son redressement judiciaire, son histoire rappelle surtout ce qui est en jeu. Derrière Lapierre, il y a 80 ans de savoir-faire, une usine et une identité dijonnaise, mais aussi quelques-uns des vélos les plus marquants de ces dernières décennies. Une histoire suffisamment riche pour espérer qu’elle ne s’arrête pas ici, raison pour laquelle la direction de Lapierre a choisi de se battre pour préserver une marque, un savoir-faire, un outil industriel, de l’emploi évidemment (nos pensées vont à la centaine de salariés de l’entreprise)… mais également un véritable patrimoine du vélo en France.

  • Publié le 27 août 2026

En banlieue parisienne, ce quadra père de 2 enfants pratique le vélo au quotidien de manière (assez) sportive, sur route et en dehors. A des envies de longues randonnées à la découverte de nouveaux paysages.

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