« Faux vélos » : la filière française hausse le ton face à l’explosion des VAE illégaux
Les acteurs français du vélo sortent du silence. Réunis au sein de l’Alliance pour le Vélo, ils réclament une lutte renforcée contre les « faux vélos », ces engins qui contournent la réglementation et menacent la sécurité, l’image du vélo et toute une filière.

En bref :
- L’Alliance pour le Vélo demande une application beaucoup plus stricte de la réglementation face aux vélos électriques illégaux.
- Les « faux vélos » désignent des engins qui ne répondent plus à la définition légale d’un vélo à assistance électrique.
- Pour la filière, l’enjeu dépasse la sécurité : c’est aussi l’avenir du vélo comme mode de déplacement crédible qui est en jeu.
Longtemps resté cantonné aux discussions entre professionnels, le sujet des vélos électriques illégaux s’impose désormais dans le débat public. À l’occasion du salon ProDays, l’Alliance pour le Vélo a publié un communiqué appelant les pouvoirs publics à agir face à la multiplication des « faux vélos », des engins qui empruntent les infrastructures cyclables sans respecter la réglementation applicable aux vélos à assistance électrique.
L’Alliance, qui réunit notamment l’Union Sport & Cycle, la FUB, le Réseau Vélo et Marche et l’APIC, estime que le phénomène a atteint un niveau préoccupant. Selon ses membres, ces véhicules représentent un risque croissant pour les cyclistes, les piétons et, plus largement, pour le développement du vélo comme moyen de transport du quotidien.
Soutenues par le représentant de la filière France Vélo, ces prises de parole et de position fortes interviennent alors que qu’une coalition de 88 associations européennes vient de demander à la Commission européenne d’agir pour mieux encadrer la légalité des vélos importés en Europe et vendus à travers des plateformes tierces telles que AliExpress, Temu ou Amazon. L’objectif étant de rendre ces plateformes responsables de la légalité des produits vendus sur leurs marketplaces pour mieux faire la chasse aux vélos électriques illégaux.
Quand un vélo électrique cesse d’être… un vélo
La réglementation européenne est d’ailleurs des plus claires. Un vélo à assistance électrique (VAE) est limité à une puissance nominale continue de 250 watts. Son assistance ne peut fonctionner que lorsque le cycliste pédale et doit obligatoirement se couper à 25 km/h. Au-delà de ces caractéristiques, le véhicule change de catégorie juridique.
Or, de nombreux modèles commercialisés ou modifiés permettent d’atteindre 35, 45, voire plus de 60 km/h grâce à une assistance électrique. D’autres disposent d’un accélérateur permettant d’avancer sans pédaler, ou sont débridés après leur achat. Aux yeux de la loi, ces engins ne sont plus des vélos mais des cyclomoteurs, avec toutes les obligations que cela implique : homologation, immatriculation, assurance, casque adapté et interdiction d’emprunter les pistes cyclables.
C’est précisément cette confusion que l’Alliance désigne sous le terme de « faux vélos ». Derrière une apparence de bicyclette se cachent en réalité des véhicules qui échappent aux règles tout en continuant à circuler parmi les cyclistes, profitant d’une réglementation moins contraignante et mettant en danger les usagers des pistes cyclables.
« Il est à noter que ces vélos sont pour la plupart très peu réparables et relèvent souvent de l’obsolescence programmée. Les batteries étant souvent de piètre qualité, les risques de départ de feu sont accrus, à l’instar de ce qui se constate déjà pour les trottinettes électriques » peut-on également lire dans le Communiqué qui rappelle un chiffre déjà évoqué dans nos colonnes : « selon l’UESC 94 % des engins non conformes recensés sont des FatBikes, tandis que 96 % des FatBikes vendus en France sont non conformes ».
Un enjeu de sécurité… mais aussi d’image pour le vélo
Pour les représentants de la filière, la question dépasse largement le simple respect du Code de la route. Sur des infrastructures conçues pour accueillir des cyclistes roulant entre 15 et 25 km/h, la présence d’engins plus rapides, plus lourds ou plus puissants augmente mécaniquement les risques d’accident et de conflits d’usage.
L’Alliance craint également que ces comportements ne brouillent la perception du grand public. Les accidents impliquant des « faux vélos » sont souvent assimilés aux vélos électriques dans leur ensemble, au risque d’alimenter un sentiment d’insécurité et de fragiliser l’acceptation des politiques cyclables.
À l’heure où les collectivités doivent investir massivement dans les aménagements cyclables et où la filière française cherche à relancer un marché en difficulté, ses représentants jugent indispensable de distinguer clairement les VAE conformes des véhicules illégaux.
Leur message est sans ambiguïté : faire respecter les règles est aujourd’hui une condition essentielle pour préserver la sécurité des usagers, soutenir une concurrence loyale et conserver la confiance du public envers le vélo électrique.
Certains usagers en profitent également pour alerter sur le fait que les énormes vélos cargos de livraison, les remorques disproportionnées ou encore les « vélis » (ces véhicules intermédiaires à 3 ou 4 roues respectant la législation des vélos électriques mais s’assimilant davantage à des voiturettes) qui s’invitent sur les pistes cyclables comme ils y ont droit dénaturent l’usage de ces voies protégées. Ils peuvent, dans certains cas, de par leurs poids et leurs encombrements, également constituer un danger pour les cyclistes.
- Publié le 16 juillet 2026