Au cœur de l’usine Riese & Müller : comment la marque fabrique ses vélos électriques premium
Petite virée à Mühltal, berceau de Riese & Müller, où sont conçus et assemblés les vélos de la marque, dont les nouveaux Nevo5 et Charger5. Deux vélos électriques premium que nous avons pu prendre en main.
À une trentaine de kilomètres au sud de Francfort, dans la bourgade tranquille de Mühltal, Riese & Müller cultive depuis 1993 une vision singulière du vélo électrique, née d’un premier vélo pliant suspendu devenu iconique, le Birdy.
Trente ans plus tard, la marque allemande incarne toujours cette exigence d’ingénierie et de finition premium. Ses installations ultramodernes, entre robotisation maîtrisée et contrôle qualité méticuleux, traduisent cette montée en gamme.
C’est ici que prennent vie les nouveaux Nevo5 et Charger5, que nous avons pu essayer dès la sortie des lignes d’assemblage.
Optimiser plutôt que révolutionner
Riese & Müller signe avec ces nouvelles éditions une actualisation profonde de deux de ses modèles phares, jouant à la fois la carte de la polyvalence et celle du confort. Les R&M Nevo5 et Charger5 revendiquent une intégration technique sans compromis et une modularité d’usage supérieure à celle des vélos urbains électriques traditionnels.


Le Nevo 5 se présente comme un vélo à cadre bas repensé pour le quotidien. C’est assurément le plus urbain des deux. Son enjambement bas caractéristique facilite la mise en selle, tandis qu’une géométrie retravaillée améliore nettement la stabilité et le comportement dynamique, y compris à vitesse élevée ou sur des terrains variés. Nous avons pu nous en rendre compte nous-mêmes en le prenant en main.
Bien que disposant d’un cadre rigide, l’association d’une fourche offrant 100 mm de débattement et une tige de selle suspendue permet de profiter d’un confort accru, d’autant que les pneus à gros volume d’air sont très efficaces pour filtrer la route. L’esthétique est soignée : peinture et soudures ont un niveau de finition élevé, tandis que le travail d’intégration réalisé sur le cache batterie en aluminium garantit praticité et intégration premium.

Techniquement, le Nevo 5 propose des choix haut de gamme : du moteur Bosch Performance Line (75 Nm de couple) au Pinion MGU E1.12 qui intègre la boîte de vitesse, en passant par les Bosch Performance Line PX (jusqu’à 90 Nm) et Performance Line CX (100 Nm).



Le tout est combiné à des transmissions variées : chaîne et dérailleur ou courroie en carbone Gates avec un moyeu à vitesses intégrées Shimano Nexus 5, un système à variation continue Enviolo (manuel ou automatique) voire même une version 14 vitesses électronique de chez Rohloff pour la version la plus élitiste.
L’autonomie n’est pas en reste, avec des batteries allant jusqu’à 800 Wh et la possibilité d’ajouter des range-extenders pour dépasser 1000 Wh, répondant aux besoins des cyclistes longue distance.
Aux côtés du Nevo5, le Charger5 réaffirme son rôle de vélo polyvalent haut de gamme, capable d’engloutir aussi bien les trajets quotidiens que de faire excellente figure lors d’escapades plus ambitieuses. Son nouveau cadre (disponible en versions haut et semi) couvre une large plage de tailles pour s’adapter aux morphologies de 1,60 m à 2,10 m, et sa géométrie équilibrée cultive une position de conduite intermédiaire, entre dynamisme et confort. C’est exactement ce que nous avons ressenti en l’enfourchant.

Notons également que ce nouveau cadre, comme celui du Nevo5 par ailleurs, a permis à la marque d’intégrer complètement les câbles et les gaines pour un rendu épuré.Il a été pensé comme une toute nouvelle plateforme technique multi-moteurs.
Une modularité technique importante qui permet au Charger5 d’être compatible avec les dernières motorisations Bosch Smart System PX et CX de 5e génération, ou la motorisation Pinion MGU, et ce afin de répondre aux attentes de différents profils. Les capacités de batterie sont généreuses, de 600 à 800 Wh, avec possibilité d’extension, et l’intégration des composants est vraiment très travaillée pour gagner en finesse visuelle et en simplicité d’approche pour le cycliste.
A noter que les vélos Nevo5 et Charger5 sont également disponibles en version High Speed (45 km/h) avec un moteur Bosch Performance Line Speed ou Pinion MGU E1.125.



Sur le plan des équipements, les deux modèles sont très complets et parés pour les déplacements variés. On trouve par exemple des systèmes de fixation MIK HD sur les porte-bagages, permettant d’adapter rapidement paniers, sacoches ou sièges enfants. La sécurité n’est pas oubliée : éclairage puissant deux positions (croisement et route), freinage avec ABS (en option sur les configurations Bosch), antivol de cadre… mais aussi l’intégration du RX Chip x ConnectCare pour la connectivité avec assurance gratuite pendant un an incluse avec le Charger5.
Il s’agit du système de géolocalisation de Riese & Müller proposant d’avoir le suivi GPS et la gestion antivol via une application, avec la possibilité d’opter pour une formule d’assurance couvrant le vol et la recherche des vélos volés (avec un taux de récupération significatif, autour des 80 %).

En filigrane, Riese & Müller opère une stratégie claire : élever le niveau de technicité et d’adaptabilité tout en conservant une architecture de vélo pensée pour un usage simple et efficace. La marque ne s’est pas contentée d’accueillir les nouvelles motorisations et d’argumenter sur une augmentation de la puissance ou de l’autonomie, mais a choisi de profiter de ces nouvelles versions pour optimiser la géométrie et la structure même de ses vélos, afin d’offrir une expérience globale améliorée.
Un comportement très rassurant sur le terrain
Une évolution de ces plateformes qui, évidemment, méritait un essai sur le terrain. Nous avons pu prendre en main ces nouveaux Nevo5 et Charger5 sur un parcours mêlant circulation urbaine, voies vertes rapides et chemins dégradés et bien gras, avec pas mal de dénivelé. Si la philosophie commune à ces deux vélos est l’accessibilité, sur le terrain, ces deux vélos montrent bel et bien des aptitudes différentes avec des ressentis distincts au guidon.
Dès les premiers mètres, le Nevo5 met en confiance. Son cadre ouvert facilite l’installation et abaisse légèrement le centre de gravité. La rigidité latérale surprend pour un cadre bas : aucune torsion parasite, même en relance.

Équipé du moteur Pinion MGU E1.12 à boîte de vitesses intégrée sur notre modèle de test, il propose un mode “tout automatique” dans lequel le cycliste n’a à penser à rien d’autre qu’à sa trajectoire et peut profiter pleinement du pilotage. On règle la cadence de pédalage cible et on fait confiance au vélo qui fait tout tout seul, de la préparation au démarrage après un arrêt au passage des vitesses en fonction du dénivelé et des difficultés.
Ce moteur est assez bruyant, on le sait, mais il montre de belles aptitudes quel que soit le terrain, y compris lorsque l’on sort du terrain de jeu urbain naturel du Nevo5 pour s’attaquer à des terrains plus techniques pour lui.

On remarque également rapidement que la filtration assurée par la fourche suspendue et la tige de selle gomme efficacement les soubresauts de la route ou des chemins. C’est un vélo sur lequel on est bien assis, avec le dos assez droit, et sur lequel on roule dans une position très relax.
Le Charger 5 adopte un tempérament plus dynamique. Notre vélo d’essai, à cadre fermé plus classique, favorise une position plus engagée et l’on ressent instantanément que l’on profite d’une direction précise et très stable. Un contrôle tout en sécurité qui se ressent à basse vitesse mais surtout à vitesse soutenue avec une ligne claire, tenue peu importe les conditions.

La motorisation essayée sur ce modèle est un Bosch Performance Line CX, associé à un moyeu à variation continue Enviolo. Une solution idéale couplée à la transmission à courroie, qui offre une très large plage de développement et permet d’alléger le pédalage sur les gros dénivelés tout en accompagnant très agréablement le vélo y compris à haute vitesse en descente.
Non, ce n’est pas le système le plus sportif qui soit, mais sa polyvalence, son silence, son confort de pédalage en font un choix idéal pour ceux qui comptent faire le maximum de choses avec un même vélo, en conservant une vraie facilité d’utilisation et un entretien limité.
On apprécie également le choix d’un système de freinage Magura MT5 très performant, capable de ralentir et arrêter ce vélo de manière parfaitement contrôlée.

Si l’on se sent à notre aise sur route, dans un confort de déplacement complet, il suffit de quitter le bitume pour les chemins, y compris jonchés de feuille, mouillés, avec pas mal de dénivelé, pour se rendre compte que ce Charger5 a le tempérament nécessaire pour s’aventurer au-delà de l’asphalte. Et encore, notre vélo d’essai est équipé de pneus Super Moto X de chez Schwalbe, moins polyvalents que les Johnny Watts dont il peut aussi être monté. Avec ces derniers, ce VTC électrique à tout faire promet d’être très capable en tout terrain également.
Que ce soit côté Bosch ou Pinion, on profite enfin de grands écrans couleurs et d’écosystème de pilotage numériques très aboutis (Bosch a toutefois encore un peu d’avance selon nous). Les nouveaux caches de batterie développés par R&M sont pratiques et la câblerie intégrée simplifie la lecture des lignes du vélo. Une belle réussite.
Au final, le Nevo 5 séduit par sa position très accessible et son confort de tous les instants, tandis que le Charger 5 convainc par son équilibre général et son comportement dynamique mais aussi très sain à rythme élevé et sur tous les terrains. Deux interprétations d’un même ADN, pour avaler les kilomètres sans compromis.
Un siège unique, qui réunit tous les savoir-faire
Lors de ce déplacement, nous avons été au contact des équipes de la marque sur deux jours, ce qui nous a permis de voir et comprendre comment elles abordent la conception de ses vélos dans leur globalité.

Ici à Mühltal, derrière des bâtiments industriels très sobres nichés dans la verdure, Riese & Müller orchestre une mécanique de précision où l’industrie tutoie l’artisanat. En accédant aux ateliers, on est frappé par une atmosphère où la rigueur allemande se mêle à une forme de vie d’entreprise bon enfant, presque familiale.
Clairement, R&M met tout en œuvre pour laisser ses talents s’exprimer et offrir les conditions de travail les plus agréables possibles à ses ouvriers. En imaginant il y a quelques années l’installation de l’entreprise dans ces locaux modernes bien plus grands (en une dizaine d’années, l’entreprise est passée de 150 à plus de 700 salariés), les fondateurs et la direction de l’entreprise ont souhaité que tout le monde reste réuni au même endroit.

L’idée est claire : la personne qui assemble un composant sur le vélo doit pouvoir croiser celle qui a imaginé le design industriel du produit, et celle qui sera chargée de le vendre. C’est en créant cette proximité entre les équipes que l’entreprise estime qu’elle sera en mesure de créer les meilleurs vélos.
Tout est grand. Tout est propre. La cantine végétarienne est délicieuse. Les salariés peuvent tous profiter de leurs familles grâce à l’adoption d’horaires adaptés. Pas de rythme effréné ici. Le premier objectif de l’entreprise est de fabriquer les meilleurs vélos possibles, et pour y arriver la direction insiste : il faut que les employés se sentent bien.

Cela a des répercussions jusque sur les chaînes de productions qui sont organisées en U, pour encourager une meilleure proximité des ouvriers qui se font face et peuvent échanger, ce qui n’est pas toujours évident sur une chaîne de production rectiligne.
Première étape, le rayonnage. Dans un espace lumineux, les jantes s’alignent, les opérateurs tendent les rayons avec l’aide de machines de précision, la tension est mesurée, ajustée, vérifiée. Certaines roues sont reprises manuellement lorsque nécessaire. Quelques mètres plus loin, les pneus sont montés, gonflés, inspectés. Et chaque roue rejoint la chaîne d’assemblage prête à donner vie à un vélo.

La visite se poursuit vers la chaîne d’assemblage en “U”. Les cadres nus avancent lentement, suspendus, tandis que les postes s’enchaînent avec une fluidité chorégraphiée. Fourche, cockpit, transmission, freinage : chaque composant trouve sa place dans un ballet sans précipitation.
Les techniciens travaillent debout, concentrés, avec cette gestuelle qu’ils maîtrisent parfaitement. Par ateliers et se faisant face, ils arrivent à échanger entre deux tâches et ne manquent pas de s’aider si besoin. Un post bloqué et c’est toute la chaîne qui est ralentie, voire stoppée, alors il faut absolument maintenir cet équilibre et l’esprit d’équipe.

Vient ensuite l’intégration électrique, cœur battant du vélo moderne. Les moteurs sont fixés au couple exact, les batteries insérées dans leurs logements ajustés, les faisceaux connectés avec soin. Les commandes au guidon sont paramétrées, les écrans activés. Un diagnostic valide le bon fonctionnement de l’ensemble.
Pour Riese & Müller, qui ne fait que des vélos électriques, la technologie doit être la plus discrète possible. Le produit, c’est le vélo, pas son moteur.

Avant de quitter l’usine, chaque vélo passe un rapide test qualité, qui sera renouvelé par la boutique par laquelle transitera le vélo vers son acquéreur. C’est là que le vélo sera parfaitement réglé, que les serrages seront vérifiés, etc. Vient ensuite l’empaquetage. Les très grosses commandes sont expédiées dans des cartons traditionnels, mais une bonne partie des vélos est maintenant envoyée dans des cartons réutilisables.
“Nous demandons beaucoup à nos fournisseurs pour réduire les déchets. On leur demande d’abandonner de plus en plus le carton au profit de conditionnements réutilisables. C’est donc logique que les revendeurs nous aient demandé à nous également de trouver un moyen de réduire nos déchets, car un carton de vélo, c’est très volumineux et c’est beaucoup de déchets. Alors on a développé ces boîtes réutilisables plusieurs dizaines de fois. Et on s’est rendu compte qu’elles ont des avantages que nous n’avions même pas envisagé au départ. Elles protègent mieux les vélos lors du transport par exemple, et elles peuvent même être stockées en extérieur sans souci”, nous explique la marque.

Cela colle parfaitement à la philosophie de Riese & Müller dont nous avons été témoins : il n’est ici pas question de produire plus, mais de produire mieux, dans un cadre global où le niveau d’exigence est très élevé.
- Publié le 19 mars 2026