Relov : Velor boucle enfin la boucle avec le premier maillot de cyclisme réellement circulaire
Après cinq années de recherche et de développement, Velor dévoile Relov, un maillot de cyclisme conçu à partir d’anciens maillots recyclés jusqu’à l’échelle moléculaire. Une avancée technique majeure qui pourrait redéfinir les standards de l’industrie textile cycliste.

En bref :
- Velor lance Relov, premier maillot de cyclisme issu d’une boucle complète de recyclage textile à textile.
- Les anciens maillots collectés sont dépolymérisés puis transformés en nouveaux fils haute performance.
- La marque française certifiée B Corp veut démontrer qu’une circularité totale est possible dans le cyclewear.
Alors que l’industrie textile cherche encore la recette d’une véritable économie circulaire, Velor peut se targuer d’avoir franchi une étape décisive. La jeune marque spécialisée dans les vêtements de cyclisme responsables dévoile Relov, un maillot présenté comme le premier modèle circulaire du secteur, intégrant des fibres issues d’anciens maillots de cyclisme (et vêtements en polyester) recyclés en boucle fermée.
Une annonce qui ne relève pas du simple argument marketing : derrière ce projet se cachent cinq années de développement, des milliers de pièces collectées et une refonte complète de la chaîne de valeur textile.
Ce maillot, nous avions été parmi les premiers médias à avoir pu l’essayer. Mais il n’était à l’époque pas constitué de fibres seulement recyclées à partir de maillots, et les exemplaires disponibles se comptaient sur les doigts des deux mains. Aujourd’hui, le processus industriel a pris une toute autre tournure et Velor a réussi à s’appuyer sur des expertises européennes pour proposer quelque chose que personne d’autre ne fait. Et ce, en confirmant son ADN et ses engagements.
Fondée autour d’une vision de circularité appliquée au cyclisme, Velor fait de son approche centrée sur la durabilité une véritable singularité dans l’industrie textile sportive, avec une transparence totale sur la chaîne de valeur. Une démarche récompensée par l’obtention de la certification B Corp, référence internationale pour les entreprises à impact positif.
Cinq ans pour réinventer le recyclage textile
Le projet Relov ne s’est pas construit en quelques mois. Dès ses débuts, Velor s’est fixé un objectif particulièrement ambitieux : parvenir à recycler des vêtements techniques complexes pour en fabriquer de nouveaux, sans dégrader leurs performances.

Le principal défi réside dans la composition même des maillots de cyclisme modernes. Ces produits associent généralement polyester, élasthanne, encres de sublimation, fermetures éclair et multiples composants techniques. Un mélange qui complique considérablement leur recyclage en fin de vie.
Pour contourner cet obstacle, Velor a mis en place une filière spécifique de collecte. Les cyclistes peuvent déposer ou renvoyer leurs anciens maillots via différents points de collecte, partenaires et événements dédiés. Les pièces récupérées sont ensuite triées avant d’être orientées vers un procédé de recyclage chimique capable de récupérer le polyester contenu dans les textiles.
La particularité du procédé réside dans sa capacité à revenir jusqu’aux molécules constitutives du polyester. Contrairement au recyclage mécanique classique, qui dégrade progressivement la qualité des fibres, cette dépolymérisation permet de retrouver une matière première équivalente à du polyester vierge. Les monomères récupérés sont ensuite repolymérisés, extrudés sous forme de filaments puis transformés en nouveaux fils textiles destinés à la fabrication des tissus du Relov.
En d’autres termes, avec ce procédé, le maillot devient éternel. Pour ce qui concerne la partie polyester tout du moins.
Une nouvelle génération de vêtements
Velor annonce avoir déjà collecté 1,5 tonne de textiles à recycler dans le cadre de sa démarche circulaire. Une masse critique indispensable pour démontrer la viabilité industrielle du modèle et sortir du stade expérimental. La collecte, d’ailleurs, fut et reste un enjeu majeur pour l’entreprise.
Le développement du Relov a également nécessité de nombreuses phases de validation terrain. La marque explique avoir travaillé sur la résistance mécanique des fibres recyclées, la stabilité des tissus, la respirabilité et la capacité du produit à répondre aux exigences des cyclistes les plus engagés. Elle peut compter à ce niveau sur la participation d’anciens cyclistes professionnels, intransigeants sur la qualité de l’équipement.


Le résultat prend la forme d’un maillot à la coupe performance, conçu pour conserver les standards actuels du marché premium tout en intégrant une matière première issue de la circularité. Fidèle à l’ADN de Velor, la fabrication reste réalisée en Europe avec une traçabilité détaillée de chaque étape du processus.
Et si, sur les premiers exemplaires de laboratoires, il y avait énormément de pertes dû aux recherches sur des procédés loin d’être aboutis, aujourd’hui les résultats sont beaucoup plus impressionnants. A ce jour, pour rester schématiques, Velor parvient à fabriquer 2 maillots Relov sur la base de 3 maillots recyclés.
Et ces maillots Relov revêtent un intérêt écologique bien réel. Leur fabrication émet 68 % d’équivalent CO₂ de moins qu’un maillot traditionnel (moins de 1 kg). Ils sont composés à 85 % de textile recyclé. Et ils sont 100 % recyclables. Dans un monde où 10 % des émissions mondiales de CO₂ sont liées à l’industrie textile et où 92 millions de tonnes de déchets textiles sont produits par an, la démarche n’a rien d’anodin.
Alors bien sûr, Velor a conscience que son activité ne représente qu’une infime goute d’eau par rapport à tout ça. Mais le maillot Relov est avant tout la preuve que c’est faisable. Et que si l’industrie textile s’en donnait les moyens, une vraie circularité organisée permettrait d’éviter énormément de pollutions et déchets.
Une ambition qui dépasse le simple produit
Dans ce contexte, Relov n’est pas seulement un nouveau maillot. Il constitue avant tout une démonstration technologique. L’ambition de Velor était en effet de prouver qu’un modèle circulaire complet est économiquement et techniquement viable dans le textile sportif. En voilà la preuve.


Commercialisé à un tarif de 139 euros, le maillot Relov se positionne dans le segment premium du marché, sans toutefois faire exploser les prix. Un prix cohérent avec les standards des maillots techniques haut de gamme, qui eux ne sont pas conçus à partir de déchets textiles. « Nous avons des coûts de production élevés. C’est notamment lié au processus de recyclage qui est encore peu industrialisé. Mais nous faisons le pari de l’accessibilité pour ne pas réserver la circularité à une niche de cyclistes », nous explique Florian Jardin, le fondateur.
Là où les géants du secteur réalisent d’importantes marges, Velor compresse les siennes. En témoigne la répartition des coûts de production du maillot Relov, dont la matière première (le polyester recyclé) coûte 11 fois plus cher que sur un maillot traditionnel. Eh oui, obtenir cette matière recyclée revient à 20,25 € par maillot, là où un concurrent travaillant avec de la matière vierge ne va payer que 1,80 € par maillot en moyenne. Des concurrents qui peuvent ainsi se permettre d’investir davantage en marketing et vente, tout en réalisant une marge nette 42 % plus élevée.
Raison pour laquelle, sans doute, les géants du secteur ne s’engagent pas encore dans cette voie. A notre avis, ils ne le feront que si l’urgence écologique pousse leur clientèle à exiger ce genre d’engagements et de produits qui, économiquement, sont forcément mois rentables.
Il faut aussi savoir que dans ce milieu du textile, le recyclage se limite encore fréquemment à l’utilisation de bouteilles PET ou de déchets industriels pour retisser de la fibre. L’approche de Velor est plus radicale. Le maillot Relov pourrait alors marquer le début d’une nouvelle génération de vêtements techniques « immortels ».
- Publié le 4 juin 2026