L’industrie du vélo veut rendre les vélos visibles numériquement par les voitures
Une coalition d’acteurs du vélo demande à Euro NCAP d’intégrer la visibilité numérique des cyclistes dans ses futurs protocoles de notation automobile. L’idée : encourager les voitures capables de recevoir des messages envoyés par des vélos connectés, afin d’anticiper certains risques que les radars et caméras ne voient pas toujours.

En bref :
- Une coalition du vélo veut que les voitures soient mieux notées si elles détectent les cyclistes via V2X.
- Le V2X permettrait à un vélo d’envoyer sa position et sa trajectoire à un véhicule proche.
- Le dispositif vise une intégration progressive dans les protocoles Euro NCAP à partir de 2029.
Les équipements de sécurité automobile savent déjà détecter certains cyclistes grâce aux caméras, radars ou systèmes de freinage automatique. Mais ces technologies ont une limite simple : elles doivent voir le danger. Dans un carrefour masqué, derrière un véhicule, dans un virage ou sur une route rurale sans visibilité, le cycliste peut apparaître trop tard dans le champ des capteurs.
C’est précisément ce point que veut traiter la Coalition for Cyclist Safety. Dans une prise de position adressée à Euro NCAP, l’organisme qui évalue la sécurité des voitures en Europe, cette coalition demande que les véhicules capables de recevoir et d’exploiter des messages V2X envoyés par des cyclistes soient valorisés dans les futures notations.
Limiter les risques d’accident avec les véhicules motorisés
Le V2X, pour “Vehicle-to-Everything”, désigne la communication entre un véhicule et son environnement. Dans le cas du vélo, cela signifie qu’un vélo, un accessoire ou un composant embarqué pourrait envoyer des informations normalisées à une voiture située à proximité. Ces données pourraient par exemple permettre de signaler la présence d’un cycliste, sa position, son déplacement ou un risque de croisement imminent.

L’objectif n’est donc pas de remplacer les infrastructures cyclables, ni les limitations de vitesse, ni les équipements de détection déjà présents sur les voitures. Il s’agit plutôt d’ajouter une couche de sécurité dans les situations où la visibilité directe ne suffit pas. Pour les cyclistes, dont la protection physique reste limitée par rapport aux occupants d’une voiture, cette approche numérique pourrait devenir un complément important.
Le contexte européen donne du poids à cette demande. Selon les chiffres cités par la coalition, 1 926 cyclistes ont été tués sur les routes de l’Union européenne en 2024. Les cyclistes représentent environ 10 % des décès routiers dans l’UE, et près de 65 % des morts à vélo impliquent une collision avec un véhicule motorisé, principalement des voitures particulières, des utilitaires ou des poids lourds.
Vers une intégration dès 2029 dans la notation Euro NCAP
La demande adressée à Euro NCAP est assez précise. La coalition souhaite que les véhicules capables de recevoir et de traiter des messages V2X standardisés provenant de cyclistes puissent obtenir des points dans les protocoles de notation à partir de 2029. Dans un premier temps, il s’agirait surtout de reconnaître les fonctions d’information, d’alerte et de vérification de cohérence. À partir de 2032, les exigences pourraient être renforcées pour intégrer des scénarios plus complexes, avec éventuellement des interventions automatisées du véhicule.

Cette progressivité est importante. Le vélo connecté V2X n’est pas encore un standard de marché, et la coalition ne demande pas à Euro NCAP de choisir une technologie particulière. Le texte insiste au contraire sur une approche neutre technologiquement, alignée avec les travaux de normalisation déjà menés par des organismes comme le Car-2-Car Communication Consortium ou la 5GAA.
La liste des signataires montre que le sujet dépasse le simple cercle des start-up de la mobilité connectée. On y retrouve plusieurs grands noms du cycle et de l’équipement : Bosch eBike Systems, Gazelle, Canyon, Accell, Trek, SRAM, ZIV, Viiala ou encore TVS Ebike Company. Des acteurs plus institutionnels de la sécurité routière et du contrôle technique sont aussi présents, comme le German Road Safety Council et DEKRA.
Une évolution attendue du marché du vélo
Cette coalition engage aussi la filière vélo. Dans son document, elle indique vouloir soutenir le déploiement de vélos et composants compatibles V2X, afin que les messages envoyés par les cyclistes puissent devenir une brique standardisée de la sécurité routière. L’enjeu est donc double : pousser l’automobile à savoir recevoir ces messages, mais aussi préparer l’industrie du vélo à les émettre.
Pour Euro NCAP, le levier est potentiellement puissant. Même sans attendre une obligation réglementaire européenne, une meilleure notation peut accélérer l’adoption d’une technologie par les constructeurs automobiles. C’est déjà l’un des rôles de l’organisme : transformer certains équipements de sécurité en arguments commerciaux, puis en standards de marché.
Le vélo entrerait ainsi dans une nouvelle étape de son intégration numérique. Après les radars arrière, les éclairages connectés, les GPS ou les systèmes antivol intégrés, le V2X vise un niveau plus systémique : faire du cycliste un usager détectable par les véhicules avant même d’être visible. Cette évolution ne règle pas à elle seule la question de la sécurité à vélo, mais elle pourrait devenir un outil supplémentaire dans les situations où l’accident se joue en quelques secondes.
- Publié le 4 août 2026