Kit d'électrification

Vebo° en faillite : le kit d’électrification français n’aura pas réussi à trouver son marché

Après plusieurs années de développement, d’industrialisation et une première série livrée fin 2025, Vebo° est placée en liquidation judiciaire. Une fin brutale pour une jeune entreprise qui avait pourtant fait le choix rare d’un kit éco-conçu, réparable et largement fabriqué en France.

En bref :

  • Vebo° est officiellement en liquidation judiciaire en juillet 2026.
  • Son kit amovible transformait un vélo classique en VAE en une seconde.
  • Malgré 600 000 € levés en 2025, le marché n’a pas décollé assez vite. Des offres de reprise seront étudiées jusqu’au 15 septembre pour assurer une continuité.

Nous vous présentions Vebo° fin 2023, alors que la start-up préparait le lancement de son kit d’électrification. Son principe était aussi original que séduisant : un boîtier de 2,8 kg réunissant batterie, électronique et moteur venait se clipser en une seconde sur un support fixé à la fourche avant du vélo.

Le moteur à galet de 40 Nm entraînait directement le pneu avant, tandis que la batterie de 250 Wh promettait environ 30 à 40 km d’autonomie. L’ensemble respectait les limites du VAE classique, avec une assistance jusqu’à 25 km/h. Très simple à mettre en œuvre, le kit Vebo° pouvait même passer d’un vélo à l’autre facilement.

Une approche qui avait évidemment ses limites. Le moteur par friction reste moins performant et moins naturel qu’une motorisation plus classique, mais Vebo° ne cherchait pas la performance : son ambition était de remettre en circulation les vélos déjà présents dans les garages en accompagnant le pédalage de ceux qui y sont attachés (et n’ont pas forcément ni l’envie, ni les moyens, de rouler en vélo à assistance électrique en permanence).

Du savoir-faire français… jusqu’à l’industrialisation

C’est probablement sur ce point que l’aventure mérite d’être saluée. Vebo° avait fait le choix d’un produit pensé pour être durable et réparable, avec seulement une quinzaine de composants, une électronique fabriquée en France et un assemblage réalisé à Roubaix avec des structures d’insertion. Le moteur lui-même reposait sur des composants issus du réemploi.

Après un premier financement de 360 000 €, la société avait réussi à lever 600 000 € en octobre 2025 pour industrialiser sa production et développer son réseau commercial. Près de 400 kits avaient finalement été livrés à la fin de l’année.

Mais cette première série sera aussi la dernière. Le tribunal de commerce de Lille Métropole a prononcé la liquidation judiciaire le 20 juillet 2026, avec une cessation des paiements fixée au 31 mai. Vebo° indique toutefois que des projets de reprise sont encore examinés jusqu’à la mi-septembre.

« Le principal enjeu a été de transformer l’intérêt suscité par Vebo° en volumes de vente suffisants, quel que soit le canal : vente directe, réseau d’ateliers et de revendeurs vélo, plateformes ou opérateurs. Le marché du kit VAE est avant tout un marché européen. Pour atteindre rapidement un niveau de volume permettant de couvrir les coûts de développement, d’industrialisation et de structure, il fallait changer d’échelle très vite », nous explique Grégory Delemazure, co-fondateur.

Le marché n’aura pas laissé suffisamment de temps à Vebo°

La start-up reconnaît elle-même une traction commerciale plus lente qu’espéré, dans un marché du vélo particulièrement difficile. Après l’euphorie post-Covid, les ventes de VAE ont fortement ralenti tandis que les stocks, les coûts industriels et la pression sur les prix ont fragilisé de nombreux acteurs.

Vebo° devait en plus se faire une place dans un segment encore étroit : celui des kits d’électrification amovibles. Face à un VAE complet désormais disponible à des prix parfois très agressifs, convaincre un particulier de conserver son vélo et d’investir plusieurs centaines d’euros dans un système de conversion n’est pas évident.

« Dans la pratique, le segment du kit de conversion et du retrofit reste difficile à positionner dans l’écosystème vélo, notamment face aux fabricants de VAE traditionnels et à une filière historiquement structurée autour du vélo neuf », constate le dirigeant.

À cela s’ajoute un environnement réglementaire jugé complexe et évolutif par la société. Si un vélo converti peut relever de la catégorie VAE lorsqu’il respecte notamment les critères de puissance et de vitesse, les spécificités liées aux kits, à leur conformité et aux aides disponibles ne rendent pas le marché aussi lisible que celui du VAE neuf.

Vebo° avait pourtant une proposition cohérente : réemploi, fabrication française, réparabilité, simplicité et transfert d’un vélo à l’autre. Mais dans une industrie où les volumes sont indispensables pour amortir les coûts de développement et d’industrialisation, une bonne idée ne suffit malheureusement pas toujours.

« L’arrêt du projet Vebo° n’est pas la conséquence de notre choix d’éco-conception et de fabrication en France. Ce modèle impose évidemment une contrainte économique et réduit les marges au démarrage. Nous l’avions pleinement assumé, plutôt que de faire assembler un produit de bout en bout en Asie ».

Et Grégory Delemazure de nous expliquer les contraintes d’un produit aux ventes saisonnières : « L’essentiel des ventes se concentre entre avril et septembre, alors que la production et l’achat des composants doivent être anticipés plusieurs mois auparavant. Concrètement, il faut donc financer le stock 5 à 6 mois avant de réaliser les ventes correspondantes (…) Pour une jeune entreprise industrielle, cela génère un besoin en fonds de roulement particulièrement important. C’est cette mécanique financière, combinée à une montée en volume commerciale plus lente que nécessaire, qui a fini par rendre le modèle difficilement soutenable ».

L’échec commercial de Vebo° ne doit donc pas masquer ce que l’équipe est parvenue à accomplir : concevoir un produit réellement différent, le développer en France, l’industrialiser et parvenir à mettre une première série en circulation. Une aventure qui s’arrête beaucoup trop tôt, mais qui illustre aussi la difficulté actuelle à faire émerger en France des solutions industrielles alternatives dans le monde du vélo.

Et Vebo° n’est pas le seul à avoir échouer sur ce marché. Nous apprenions il y a quelques jours la faillite de Reebike, autre fournisseur français de kits d’électrification. Et pourtant, les moteurs à galet pour vélos n’ont pas dit leur dernier mot. On vient en effet de voir Asus (oui, Asus, le géant informatique) présenter sa propre vision de ce produit popularisé par des produits comme le Pikaboost.

  • Publié le 21 août 2026

En banlieue parisienne, ce quadra père de 2 enfants pratique le vélo au quotidien de manière (assez) sportive, sur route et en dehors. A des envies de longues randonnées à la découverte de nouveaux paysages.

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