Moteurs

IntraDrive GD8 : le moteur à boîte de vitesses entre en scène sur deux VTTAE chez Obscur et Alutech

Après plusieurs années de développement, l’IntraDrive GD8 entre en production et équipe ses premiers VTT à assistance électrique. L’allemand Alutech et le français Obscur font le pari de ce moteur qui intègre une boîte de vitesses pour se passer de dérailleur arrière et de cassette.

En bref :

  • L’IntraDrive GD8 associe un moteur de 700 W en puissance maximale à une boîte de huit vitesses intégrée.
  • Alutech et Obscur sont les premières marques à présenter des VTTAE équipés de cette motorisation, avec deux approches différentes.
  • Cette architecture promet une transmission mieux protégée et des masses recentrées, mais doit encore convaincre face à l’émergence de solutions à variation continue.

Présenté sous forme de prototype dès 2022, puis affiné au fil des salons, l’IntraDrive GD8 franchit une étape importante en 2026. Développé en Écosse depuis une dizaine d’années, ce système de motorisation entre en production et s’invite sur deux nouveaux VTTAE dévoilés au Roc d’Azur : l’Alutech ePelmo et l’Obscur Enyx.

Sa particularité est de réunir dans un même bloc le moteur électrique et une boîte de vitesses mécanique à huit rapports. Le système remplace ainsi le moteur et la transmission classique par un ensemble compact, sans cassette ni dérailleur arrière. Le vélo conserve une chaîne, mais peut aussi recevoir une courroie, comme sur l’Alutech.

IntraDrive annonce une puissance nominale de 250 W et une puissance maximale de 700 W. Les huit rapports couvrent une plage de développement de 480 % (en comparaison, le Pinion MGU E.12 couvre 600 % et une cassette 12 vitesses Sram ou Shimano quelque 510 %). Le changement de vitesse électronique, commandé sans fil, s’effectuerait en environ 0,1 seconde, y compris sous charge, à l’arrêt ou en roue libre. Le système prévoit également une fonction de rétrogradage automatique.

L’ensemble pèse 4,5 kg, batterie non comprise. La boîte est protégée des projections de boue et des impacts, tandis que son entretien se limiterait à une vidange tous les 10 000 km. IntraDrive annonce aussi une conception réparable. Autre particularité : la marque ne fournit pas de batterie propriétaire. Les fabricants peuvent donc choisir sa capacité et sa forme, tandis que l’interface de fixation du moteur reprend celle du Shimano EP8, facilitant l’intégration sur certaines plateformes existantes.

De ce que l’on a pu voir, ce bloc tout intégré reste tout de même assez volumineux. Si l’on garde en tête qu’il intègre moteur et boîte de vitesses, cela reste acceptable en termes d’encombrement et de poids, mais l’Intradrive GD8 a tout de même l’air d’imposer un Q Factor assez important, de l’ordre de 190 mm. Il s’agit, pour rappel, de l’écartement entre les deux manivelles, et donc les pédales.

Alutech E-Pelmo et Obscur Enyx : deux intégrations différentes

La marque allemande Alutech intègre le GD8 à son E-Pelmo, un VTTAE d’enduro doté d’un cadre en aluminium hydroformé et de 150 mm de débattement à l’avant comme à l’arrière. La transmission par courroie Gates illustre l’intérêt de cette architecture : le moteur, la boîte et la courroie forment un ensemble qui réduit le nombre d’éléments exposés aux chocs et aux projections. Le vélo est annoncé à 11 499 €.

Ce qui est intéressant, c’est que le E-Pelmo revendique un cadre « universel » et qu’il est proposé dans d’autres motorisations. Une version est même d’ores et déjà annoncée en Gobao X1P, un moteur qui va directement concurrencer Intradrive.

Chez Obscur, l’intégration va plus loin. Cette nouvelle marque française, issue de l’entreprise Workshape et de son expérience des composites pour l’aéronautique et le spatial, présente l’Enyx, un VTTAE all-mountain à pivot haut dont le cadre carbone est fabriqué dans la Drôme. Elle annonce réaliser ses moules dans ses ateliers, utiliser du carbone pré-imprégné d’origine européenne et pouvoir réparer ses cadres, y compris après un accident.

L’Enyx reçoit 150 mm de débattement arrière, une fourche de 160 mm et des roues au format mulet : 29 pouces à l’avant et 27,5 pouces à l’arrière. Mais son originalité tient aussi à sa batterie amovible de 840 Wh, fabriquée en France et logée sous l’amortisseur, au plus près du moteur. Avec un poids annoncé de 3,15 kg, elle contribue à abaisser le centre de gravité et à concentrer les masses autour du pédalier.

Obscur propose deux montages : un Enyx équipé de suspensions Formula à partir de 12 500 €, et un Enyx Ultra doté de suspensions Öhlins et de freins Hope, à partir de 15 900 €. Un kit réunissant cadre, moteur et batterie est également annoncé. On est donc sur une solution très haut de gamme.

Ces deux vélos confirment en tout cas – comme nous avions pu le voir avec les moteurs MGU de Pinion – que les solutions tout intégrées à boîte de vitesse sont onéreuses et se réservent à des vélos aux prix particulièrement élitsites.

Le moteur à boîte de vitesses peut-il s’imposer ?

L’arrivée en production du GD8 donne quoi qu’il en soit enfin une réalité commerciale à une idée qui peine à s’imposer dans le VTT : intégrer la transmission au moteur pour supprimer le dérailleur et mieux protéger la mécanique. Mais l’IntraDrive n’arrive pas sur un marché immobile. Les transmissions à variation continue, avec des solutions comme Owuru Ride, Avinox MG Concept ou Gobao XI et X1P, rebattent elles aussi les cartes de la gestion des rapports sur les vélos électriques.

Le parcours de Pinion rappelle que les qualités techniques ne suffisent pas toujours à convaincre les fabricants et le public. Malgré son concept de boîte intégrée, la marque allemande reste relativement peu présente dans le VTT, avec des exceptions comme le Moustache Clutch.

L’IntraDrive GD8 devra donc faire ses preuves au-delà de sa fiche technique : agrément des changements de rapports, rendement, fiabilité, réparabilité réelle et adoption par les marques seront déterminants. La compatibilité avec l’interface Shimano EP8 et la liberté de choix de la batterie pourraient faciliter son intégration. IntraDrive annonce déjà une première série en cours de production, des livraisons à partir de décembre 2026 et douze autres marques qui évaluent le système.

Le pari est intéressant mais le plus difficile commence pour Intradrive qui va devoir transformer une architecture séduisante en une alternative suffisamment convaincante pour s’installer durablement sur le marché du VTTAE, malgré des coûts de production qui pourraient bien grever son attractivité commerciale.

  • Publié le 12 octobre 2026

En banlieue parisienne, ce quadra père de 2 enfants pratique le vélo au quotidien de manière (assez) sportive, sur route et en dehors. A des envies de longues randonnées à la découverte de nouveaux paysages.

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