Le port du casque à vélo bientôt obligatoire en France
Marie-Pierre Vedrenne, la ministre déléguée en charge de la citoyenneté, veut simplifier la réglementation autour du port du casque en le rendant obligatoire sur les vélos et les trottinettes. Une avance ou un recul pour le vélo ?

En bref :
- La ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne souhaite généraliser le port du casque à tous les cyclistes et utilisateurs de trottinettes sur l’ensemble du territoire.
- Si cette mesure est largement soutenue par l’opinion publique, plusieurs études internationales suggèrent qu’elle pourrait réduire la pratique du vélo, notamment pour les déplacements du quotidien et les services de vélos en libre-service.
- Pour de nombreux acteurs du vélo, la priorité reste le développement d’infrastructures cyclables sécurisées, jugées plus efficaces qu’une obligation du casque pour améliorer durablement la sécurité des cyclistes.
Dans un entretien accordé à 20 minutes, Marie-Pierre Vedrenne, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur en charge de la citoyenneté, a demandé à la Sécurité routière de réfléchir pour que le port du casque obligatoire « soit généralisé aux trottinettes et aux cyclistes en toutes circonstances et sur l’ensemble du territoire ».
Aujourd’hui, le port du casque est obligatoire à vélo pour les moins de 12 ans alors que pour les trottinettes électriques et Engin de Déplacement Personnel Motorisé (EDPM – skateboard électrique, draisienne électrique, gyropode, monoroue, hoverboard, etc.), il est obligatoire pour tous les utilisateurs hors agglomération. Les EDPM restent interdits au moins de 14 ans.

La ministre précise que « Les équipements obligatoires sont déterminés au regard de l’exposition aux risques […] le différentiel de vitesse, la présence de poids lourds, l’état de la chaussée qui ont justifié le port du casque hors agglomération ». Ces réglementations sont établies « par décret, pris après avis du Conseil d’Etat » et à « l’initiative du ministre de l’Intérieur » en associant « le ministre des transports et de la justice », assure Marie-Pierre Vedrenne. Avant leur entrée en application, « ils sont soumis pour avis aux différents acteurs du secteur ».
Sauf que ces décrets peuvent être complétés par une réglementation locale. Dans le Nord, par exemple, le préfet va rendre le port du casque obligatoire partout pour les EDPM dès le 1er septembre 2026. Cette mesure est déjà en vigueur dans d’autres départements, comme les Hauts-de-Seine, la Seine-et-Marne, ou villes, comme Compiègne, ou Romilly-sur-Seine.
Rappelons que, selon un récent sondage, près de huit français sur 10 sont favorables à l’obligation du port du casque, même si la l’implication des sondés quant à la pratique du vélo reste flou.
Le port du casque obligatoire contre productif
Si l’efficacité du casque pour réduire les blessures à la tête fait largement consensus, les effets d’une obligation légale sur la pratique du vélo restent, eux, largement débattus. En Australie, premier pays à avoir généralisé cette obligation dans les années 1990, plusieurs travaux (Chris Rissel – Université de Sydney et Dorothy Robinson) ont observé une baisse de la fréquentation cycliste après son entrée en vigueur, notamment chez les adolescents et les usagers occasionnels. Aux Pays-Bas et au Danemark, où le casque reste recommandé mais non obligatoire, les autorités privilégient depuis longtemps le développement d’infrastructures cyclables sécurisées, estimant que la réduction du risque passe d’abord par l’aménagement des voiries plutôt que par une contrainte supplémentaire imposée aux cyclistes.
Une telle mesure compliquerait également fortement l’usage des vélos en libre-service et des services de location courte durée. Les utilisateurs de Vélib’, Voi, Tier, Dott ou d’autres opérateurs choisissent souvent ces solutions pour leur simplicité et leur spontanéité. Exiger un casque obligerait chacun à en transporter un en permanence, ce qui risque de décourager une partie des trajets du quotidien, notamment les déplacements imprévus ou les derniers kilomètres entre une gare et le lieu de travail. Cette contrainte irait à l’encontre de la philosophie de ces services, conçus pour être accessibles en quelques secondes.

Certains études montrent même que le port du casque augmente la mortalité : « le casque serait associé à des pratiques à risque et pourrait engendrer un sentiment de sécurité accidentogène ». Pour autant, le casque ne sauve pas la vie lors d’une collision avec une voiture, un véhicule de plus d’une tonne avec une énergie cinétique considérable.
Plusieurs associations de promotion du vélo rappellent ainsi qu’une baisse du nombre de cyclistes peut paradoxalement réduire la sécurité globale. C’est le principe du « safety in numbers » : plus il y a de cyclistes sur les routes, plus les automobilistes s’habituent à leur présence et adaptent leur comportement. À l’inverse, si une obligation du casque dissuade une partie des usagers, elle pourrait ralentir le développement de la pratique cyclable, réduire les bénéfices environnementaux et sanitaires du vélo, rendre plus difficile l’atteinte des objectifs de report modal fixés par les collectivités, et réduire les investissements dans les infrastructures cyclables, ce qui est pour nous l’élément essentiel pour protéger les cyclistes.
- Publié le 6 août 2026