Vélo et société

Le vélo électrique redémarre en France : +12 % au deuxième trimestre, mais tous n’en profitent pas

Après trois années de baisse, le marché français du vélo montre enfin quelques signes de reprise. Au deuxième trimestre 2026, les ventes de vélos électriques progressent de 12 % en volume sur le panel suivi par l’Union des entreprises Sport & Cycle. Une embellie qui masque néanmoins des disparités.

En bref :

  • Les ventes de VAE progressent de 12 % en volume et de 13 % en valeur au deuxième trimestre 2026.
  • Les VTC et trekking électriques bondissent de 47 %, tandis que les VAE de ville chutent de 43 %.
  • Sur l’ensemble du premier semestre, le marché du cycle retrouve une légère croissance de 3 % en volume.

Un premier semestre enfin dans le vert

Après un premier trimestre encourageant, le marché français du cycle confirme son léger redressement entre avril et juin 2026. Le panel de l’Union des entreprises Sport & Cycle enregistre une progression de 2 % des ventes de vélos en volume par rapport au deuxième trimestre 2025. En valeur, la hausse atteint 9 %.

Sur l’ensemble des six premiers mois de l’année, les ventes progressent de 3 % en nombre de vélos et de 6 % en valeur. Le prix moyen augmente donc de 3 %. Après plusieurs exercices de contraction parfois sévère, cette évolution constitue un changement de tendance notable.

Il faut toutefois garder une précaution importante en tête, comme le précisent nos confrères de Frandroid. Ces données ne couvrent pas l’intégralité du marché français. L’étude repose sur quatre enseignes multisports et quatre enseignes spécialisées dans le cycle, représentant selon l’UESC environ 65 % du marché en volume, mais seulement 40 % en valeur. Ces résultats donnent donc une indication solide de la tendance, sans constituer encore le bilan définitif du marché français.

Le vélo électrique retrouve de vrais acheteurs

C’est du côté du vélo électrique que le changement est le plus marqué. Au deuxième trimestre, les ventes de VAE augmentent de 13 % en valeur. Il s’agit bien là d’une augmentation du volume de vélos vendus (+12 %), le prix moyen restant plutôt stable sur la période. Le premier semestre reste plus mesuré, mais positif. Les volumes de VAE progressent de 6 % par rapport aux six premiers mois de 2025, tout comme la valeur du marché. Le prix moyen recule même légèrement de 0,4 %.

Cette embellie intervient après une période particulièrement difficile. En 2025, seulement 507 000 vélos électriques avaient été vendus en France, soit une chute de 16 % en un an. Les ventes avaient déjà diminué de 16 % en 2024 et de 9 % en 2023. Le pic reste celui de 2022, avec 738 000 VAE écoulés.

Autrement dit, la croissance observée au premier semestre 2026 ne ramène pas encore le marché aux volumes d’avant-crise. Elle met en revanche fin, au moins provisoirement, à trois années consécutives de baisse. Le marché du VAE reste en revanche bien supérieur à ce qu’il connaissait avant le Covid.

Le VTC électrique écrase les autres catégories

Derrière le chiffre global de +12 %, les écarts sont considérables. Le véritable moteur du marché est le VTC ou vélo de trekking électrique. Ses ventes bondissent de 47 % au deuxième trimestre par rapport à l’année précédente. Sur l’ensemble du premier semestre, la progression atteint déjà 35 %.

La valeur du segment suit quasiment la même trajectoire, avec +43 % au deuxième trimestre et +32 % depuis janvier. Les vélos électriques polyvalents, capables d’assurer aussi bien les déplacements quotidiens que les sorties de loisir ou les voyages, semblent donc particulièrement correspondre aux attentes actuelles.

Cette tendance n’est pas totalement surprenante. Les marques ont beaucoup poussé les vélos trekking très polyvalents ces derniers mois. Les modèles tout suspendus comme le Trek Allant+ FS, le Moustache Xroad FS ou encore le Cube Nuride One11 en sont des exemples récents. Une tendance qui rappelle un peu celle du SUV dans l’automobile. Ce terme de SUV est d’ailleurs également repris par beaucoup d’acteurs du vélo pour parler des ces modèles à l’aise aussi bien en ville que sur les chemins.

Le cargo continue de progresser

Le vélo cargo électrique confirme également sa bonne dynamique. Les volumes progressent de 15 % au deuxième trimestre et de 14 % depuis le début de l’année. En valeur, les hausses sont respectivement de 11 % et 7 %. Ce décalage entre volumes et chiffre d’affaires suggère toutefois une pression sur les prix moyens. Le marché du cargo se démocratise progressivement, notamment avec l’arrivée de modèles plus abordables chez Decathlon, Nakamura ou certains spécialistes de la vente directe. Le développement du longtail, moins coûteux et moins encombrant qu’un biporteur ou un triporteur, contribue aussi à élargir la clientèle.

Les vélos électriques de route et gravel suivent une trajectoire positive plus modeste. Leurs ventes augmentent de 7 % au deuxième trimestre et de 6 % depuis janvier, avec une valeur en hausse respectivement de 8 % et 9 %. Cette évolution rejoint les données de Shift Active Media que nous avions analysées au printemps, montrant que les recherches liées au vélo de route et au gravel progressaient déjà nettement en 2026.

Le VAE urbain chute de 43 %

Le tableau est beaucoup moins encourageant pour le vélo de ville électrique. Ses ventes s’effondrent de 43 % au deuxième trimestre. Plus inquiétant, la baisse est exactement la même sur l’ensemble du premier semestre, signe qu’il ne s’agit pas d’un simple accident sur quelques semaines. La valeur du marché diminue elle aussi fortement, de 35 % au deuxième trimestre et de 33 % depuis janvier. Le recul des volumes étant supérieur à celui du chiffre d’affaires, le prix moyen des vélos urbains vendus semble mécaniquement progresser.

La frontière entre VAE urbain et VTC électrique mérite toutefois d’être prise en compte dans l’interprétation de ces chiffres. De nombreux vélos aujourd’hui utilisés quotidiennement en ville sont commercialisés comme VTC, trekking ou SUV. Garde-boue, porte-bagages, éclairage et position confortable se retrouvent désormais sur des machines capables également de quitter le bitume. Une partie du succès du trekking peut ainsi se faire au détriment de la catégorie urbaine traditionnelle.

Le VTTAE ne repart toujours pas

Le VTT électrique reste lui aussi dans le rouge. Les ventes reculent de 8 % au deuxième trimestre et de 7 % depuis le début de l’année. En valeur, le trimestre est stable, tandis que le cumul annuel affiche encore une baisse de 5 %.

Cette tendance concorde là encore avec d’autres indicateurs observés ces derniers mois. Les données de recherche publiées par Shift Active Media montraient notamment un recul de 5,8 % de l’intérêt pour les VTTAE en Allemagne au premier trimestre 2026, alors même que ce pays constitue l’un des principaux marchés européens de cette catégorie.

Les vélos pliants électriques traversent une période encore plus compliquée : -26 % en volume au deuxième trimestre et -23 % depuis janvier. Leur valeur recule respectivement de 14 % et 20 %.

Le vélo mécanique porté par la route et surtout le gravel

Le vélo sans assistance ne connaît pas le même rebond. Ses volumes restent pratiquement stables au deuxième trimestre, avec seulement +0,1 %. La valeur progresse pourtant de 6 %, tout comme le prix moyen. Depuis janvier, la tendance est légèrement meilleure : +2 % en volume et +5 % en valeur. Deux catégories tirent particulièrement leur épingle du jeu. Selon l’UESC, les ventes de vélos de route progressent de 19 % au deuxième trimestre et celles de gravel de 40 %.

Le gravel confirme ainsi son statut de rare catégorie en croissance régulière ces dernières années. En 2025, 75 000 gravels avaient été vendus en France, en hausse de 18 % en un an. En 2019, le segment représentait à peine 3 700 unités.

Les accessoires progressent aussi

Les signes d’amélioration ne concernent pas uniquement les vélos. Le chiffre d’affaires des pièces, accessoires et équipements augmente de 8 % au deuxième trimestre et de 7 % sur le semestre.

L’équipement du cycliste affiche la meilleure performance avec +12 % sur le trimestre et +11 % depuis janvier. Cette catégorie regroupe notamment les vêtements, chaussures, casques, gants et protections. Les accessoires comme la bagagerie, les compteurs, les pompes ou les antivols progressent de 8 %, tandis que les composants et pièces détachées gagnent plus modestement 3 %.

Cette progression est intéressante dans un marché où l’entretien et la prolongation de la durée de vie des vélos prennent de plus en plus d’importance. Nous avions déjà constaté cette évolution lors de l’analyse des tendances présentées à Taipei Cycle 2026. Après la frénésie d’achat des années Covid, de nombreux cyclistes privilégient désormais davantage l’équipement et l’amélioration du vélo qu’ils possèdent déjà.

Encore loin des niveaux de 2020 et 2021

Certains signaux restent encore très inquiétants sur le marché du vélo, avec notamment la faillite du numéro 1 européen, Accell Group. Mais ces chiffres ont tout de même de quoi redonner le sourire à un secteur qui a connu une longue gueule de bois après l’euphorie artificielle créée par le Covid.

Le premier semestre 2026 ne signe donc pas encore le grand retour de la croissance du vélo en France. Il constitue en revanche le premier signal réellement favorable depuis plusieurs années. Et surtout, il montre que la demande n’a pas disparu : elle se déplace vers certaines catégories, avec le VTC électrique, le cargo et le gravel comme principaux bénéficiaires de cette nouvelle phase du marché.

  • Publié le 5 septembre 2026

Journaliste à vélo, expatrié dans le Luberon. Persuadé d'être un sniper de l'humour, qui ne rate jamais sa cible.

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